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L’Edito Business, par Alexandra ZWANG SIARNOWSKI

Faire fi de la morosité

La situation est grave. Nul ne sert de faire l’autruche. Tout vous le rappelle… La santé, évidemment, mais également l’économie, les incertitudes, les fragilités systémiques, les fermetures d’entreprise que l’on ne pourra éviter… Certes, il y a des soutiens, des dispositifs à mettre en œuvre, des démarches, encore et encore, en attendant que la vague passe… 

De nombreux chefs d’entreprise, dans leur vie personnelle comme dans leur vie professionnelle, ont connu des hauts et des bas. La capacité de résilience est un trait caractéristique de l’entrepreneuriat. Les vagues actuelles ressemblent tout de même plus à une montée des eaux inéluctables, qu’à une tempête éphémère.

L’on pourrait se dire que l’humanité va se ressaisir et se lancer dans un grand mouvement de solidarité, de résolution des problématiques… Laissons à la politique ce qui est à la politique, et n’oublions pas les leçons de l’histoire.

Phare Lueur Aquarelle Aurore

A notre échelle cependant, sans être utopique, peut -on “faire” ?  Récemment, je redécouvrais “Mon Oncle d’Amérique” d’Alain Resnais, avec notamment Gérard Depardieu. Un film qui m’a semblé particulièrement adapté à l’ambiance actuelle.

Certes, les problématiques peuvent sembler quelque peu désuètes au regard de l’évolution du sens du travail dans la société… Mais le sont-elles vraiment…

La seule raison d’être d’un être, c’est d’être, c’est-à-dire de maintenir sa structure.

Henri Laborit – Eloge de la fuite, 1976.

Sans se débattre inutilement, sans violence, la seule stratégie de survie réside dans l’action. Une action qui peut prendre la forme d’une déclaration d’audace, tout comme dans la décision de maintenir ce qu’il est possible de maintenir. L’action peut ainsi être immobile ; “to stay” est déjà un acte d’engagement entrepreneurial en soi.

Au-delà, faire doucement bouger les lignes… Initiatives locales, solidarité transverses des business, fonds commun pour “les coups durs” entre chefs d’entreprise du même secteur d’activité ou du même secteur géographique…

Et si la grande leçon du confinement, pour tenir debout, était de réapprendre à tenir avec les autres ? Sans entraver la liberté d’entreprendre ou le sain jeu de la concurrence, rappelons-nous, pour “tenir”, que le business, l’économie, est avant tout un écosystème, dont il nous appartient de redécouvrir les liens.

Loisirs et Agitations

Les lumières brillent par trop, dans les mers entrepreneuriales. Il est des lumières rassurantes, des fêtes de fin d’année (tout autant que des lueurs du printemps), des réjouissances à venir, qui permettent de guider les navires tout en rassurant leurs occupants. Il est également des lumières qui ne sont que miroirs aux alouettes. Le Capitaine est celui qui peut ressentir ces nuances.

Un bref tour de l’économie affiche des montagnes russes. De pleines réussites font face aux catastrophes non envisagées. L’émotion, l’engouement des jeunes pousses se heurtent aux brouillards d’anciens forts.

Le vent bat les voiles, la mer s’agite, la houle se veut renversante quand les sirènes retentissent de plus en plus fort. Chant mélodieux ou avertissement d’un Charybde en Scylla désormais inévitable ? La tempête est tour à tour cinglante, hurlante, et douce. Nul ne sait à ce jour si les remous sont venus peu à peu. Une chose est certaine, les fiers navires tanguent. D’autres embarcations, parfois de roseaux, semblent surmonter les vagues.

La légèreté semble être le maître-mot, ainsi qu’une structure conçue pour résister, s’adapter, sans se trahir.

« Panem et circenses ». Chaque jour, les chantiers navals de l’entreprise amorcent de nouveaux navires, certains plus robustes, d’autres innovants, d’autres encore sortent des clivages traditionnels. Bien inspiré celui qui pourrait prédire quel modèle surmontera la tempête.

Quid encore du rôle des bouleversements actuels ? Une purge nécessaire, voire bienvenue, un cycle économique habituel ? Ou bien encore, cette fois-ci , un « autrement », un « autre chose » dont on ne préfigure pas encore tous les bouleversements…

Imprimerie, Electricité, Internet… La vague digitale est-elle désormais, au cœur des business, une amorce sociologique profonde, d’un monde ni meilleur, ni pire, mais différent ?

Bordeaux trône comme un symbole, un phare qui cristallise les attentes tout en reproduisant les clivages existants. Se pourrait-il que, déchirant le voile, les pierres historiques ne révèlent un murmure, une capacité à résister au tsunami tout en affirmant leur identité…

Excipit extatique à venir.

Start up Mouvement City Bordeaux

« Start me up »

Le choix de entrepreneuriat n’est jamais un hasard. Il y a des bruits, des mouvances, des guides, des tremplins… On pourrait être tenté de verser dans la même boîte de Pandore les désillusions du salariat, les difficultés à trouver un premier poste, les reconversions délicates, avec cette réponse en filigrane, presque teintée de Saint-Graal :

« Devenez Chef d’entreprise ».

L’économie, les pouvoirs publics, les espoirs jeunesse… Tout tend à cette nouvelle liberté, faire fi des chemins tracés pour tracer son propre chemin, être accompagné à chaque étape, devenir innovant, avoir l’idée qui changera la (sa) vie.
Les attraits ne manquent pas.


Ce point de vue quelque peu désabusé ne fera pas sourire, ni réagir outre mesure. Il ne doit pas pour autant masquer les dynamiques individuelles et collectives qui sous-tendent les discours des biens-pensants. Demain, tous entrepreneurs ?

S’en tenir à la surface, avoir la critique facile, certes, c’est oublier les manches relevées, les remises en question, les heures jamais comptées, les doutes, les émulations créées, les efforts librement consentis, le temps, les échecs, les essais, la persévérance, le résultat. L’économie tourbillonne, les cartes se redistribuent. L’entrepreneur(e) bordelais(e) n’est pas un coup marketing, ce n’est pas un symbole, ce n’est pas un soufflé sitôt levé sitôt retombé.

La start-up est désormais une mouvance qui renaît de ses cendres, et rejoue à sa façon la bulle internet des années 2000. A ceci près qu’elle ne repose plus seulement sur une évolution technologique à forte visée capitalistique (blockchain, IA, machine learning…). En effet, ce qui meut aujourd’hui l’entrepreneur, la nouvelle start-up, c’est une mutation sociologique lente, profonde, dont on ne mesure pas encore pleinement les effets. La mutation est en marche, parfois un peu
brouillon, elle se structure, s’organise, se dynamise.

Une réponse à la flexibilité attendue, à l’éclatement des frontières entre la vie privée et la vie professionnelle, une réalité face aux possibilités offertes par l’économie numérique et les outils du Digital.

Un nouveau business est né, celui qui voit éclore, au-delà des ambitions, la réalisation des potentiels.

Printemps bordelais vignes Bordeaux

Le Printemps bordelais

L’année 2018 a été une année charnière pour le business bordelais. Nouvelle impulsion territoriale continue, essor de business sortant des sentiers battus, consolidation de l’écosystème start-up, ouverture vers l’international, explosion de la bulle immobilière…

Le paysage urbain se transforme, à grand coup de travaux, les mouvements pendulaires des travailleurs prennent place, le flot d’étudiants ne ralentit pas, au gré des nouveaux écoles qui se déploient dans toute la ville…

La ville change, certes, cela est visible, tout autant que, d’ores et déjà, un nouvel équilibre se met en place, un nouveau rythme, un “Paris Plage” à la bordelaise où il fait bon vivre, flâner, (re)découvrir les quais, les échoppes, les commerces qui s’embourgeoisent.

Les Bordelais veulent du Beau, du soigné, des étoiles dans les yeux, des cocoons dans leur foyer… Bordeaux a en elle cette force tranquille, haussmannienne, qui incite à la sérénité quand tout s’accélère. Les deux pieds sur terre, elle croît, s’étend tant bien que mal, sans oublier de consolider ses piliers. La pierre rassurante a ces mêmes reflets que le soleil levant sur le Bassin d’Arcachon : chaque jour, toujours présent, toujours différent, et “qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même. Ni tout à fait une autre”…

2019 s’annonce comme l’année du renouveau, de tous les possibles, mais également de la pérennisation des business models, au-delà d’une transformation digitale., qui teste nos limites tout autant que notre capacité d’adaptation, nos facultés de résistance.

Bordeaux va-t’elle réussir à “prendre sa place”, ou bien les énergies déployées n’auront-elles eu pour seul impact que de rattraper le retard des autres grands agglomérations françaises ?

Plus que jamais, il s’agit de donner du sens au business, au-delà des clivages du Parallèle des Anciens ou des Modèles, ouvrir la voie, tout en consolidant le chemin.

Sans se voiler la face sur la réalité du tissu entrepreneurial français : en 2019, ça passe, ou ça casse… quoi qu’il en soit, nous continuerons d’admirer chaque jour les ponts de la Garonne…

Place Porte Bordeaux Pavés

Engagement et persévérance

L’arrivée des beaux jours est souvent le signe d’un boost au moral de l’entrepreneur…

Un autre trajet… Mouvements de la LGV, des touristes, des congés… Le casse-tête de l’organisation estivale doit être loin derrière, l’entreprise fonctionne au ralenti. A l’inverse,  l’afflux touristique, pour les entreprises qui sont impliquées au coeur de cette économie, est le signe tant attendu d’une trésorerie qui se regonfle, d’une activité “en surtension” qui fait plaisir à l’expert-comptable.

Dans un cas comme dans l’autre, la période estivale est l’occasion d’un bilan de mi-parcours pour cette année 2018, voire de clôture pour les entreprises qui profitent de cette période pour finaliser un exercice de milieu d’année.

Un moment à part, entre reprise de souffle et bouffée d’oxygène, “coupure” salutaire pour les chefs d’entreprise qui le peuvent…, un moment qui permet de se recentrer sur le coeur de son activité, sur sa vision, sur ce qui motive au quotidien… Capitaliser sur son propre engagement.

Les grands réussites industrielles sont loin derrière, les “idées de génie” ont rarement leur place dans un environnement concurrentiel mondial, la libéralisation de l’économie peine à promettre des marchés de niche, ou fermés… C’est à la fois une grande chance, une démocratisation de l’accès à l’entrepreneuriat, et dans le même temps, la malédiction de la réussite, là où les traditionnels leviers de performance n’ont que peu, voire plus, d’impact. 

Donner pour recevoir, c’est surtout aujourd’hui ne jamais faillir, et croire en soi. Certes, il ne faut pas s’entêter si la situation est objectivement critique, cependant, les indicateurs classiques ont peu de prise sur le bouleversement des business models. Digitalisation, volatilité de la clientèle, et même férocité de certains interlocuteurs… la transformation sociologique et économique actuelle fait coexister sur le même plan temporel l’instantanéité des échanges, les urgences de l’instant, les impératifs économique du quotidien, avec une nécessaire et salutaire vision à long terme, au-delà des remous… 
Les règles ont changé, certes, mais elles ne sont pas encore reconstruites. Pour (re)bâtir un écosystème entrepreneurial sain et pérenne, subir, se réadapter en permanence, n’est pas réellement la clé. A contrario, la performance s’analyse en une persévérance de chaque instant :  vous seul(e) portez votre entreprise, et, au-delà de la “chance”, ce sont vos valeurs qui vous guideront vers la réussite.

« L’entrepreneuriat est-il un puissant narcotique ?

Les renouveaux des business models n’ont de cesse de surprendre. Développer, capter sa clientèle est devenue un véritable casse-tête. Les règles n’ont pas tant changé, elles sont comme pulvérisées. Pour le Chef d’entreprise d’aujourd’hui, pour l’Entrepreneur de demain, tout est à réapprendre.

S’adapter, se réadapter rapidement semble être la clé. Cependant, entre innovation non aboutie ou trop en avance sur son marché, transformation digitale mal maîtrisée ou encore manque d’anticipation des difficultés de lancement d’un nouveau produit ou service, l’entrepreneur est soumis à une pression toujours plus accrue, au quotidien, à chaque acte de gestion.

En réaction, il peut être de parti pris de se replier sur des marchés sûrs et peu éclatés, ou bien de consolider sa croissance par des opérations d’achats de concurrents directs ou indirects. Relancer une stratégie commerciale auprès de prospects dont les habitudes d’achats ont complètement changé paraît bien utopique, tant le chemin est long pour comprendre et se réapproprier les vecteurs de décision.

Pour autant, la dynamique bordelaise nous révèle chaque jour ces entrepreneurs, hommes, femmes, qui, au-delà de la réussite souhaitée, entreprennent par conviction autant que par passion. La certitude, dans la construction de l’entreprise, que chaque étape, obstacle, ne permet que de s’améliorer, de mieux appréhender ce nouvel environnement économique, la certitude enfin que sa pierre entrepreneuriale changera un peu, à sa façon, une parcelle de ce monde…

Car qu’est-ce que ces quelques gouttes de sueur ou ces veillées nocturnes face aux quelques mots de remerciements d’un client satisfait, face à la vision d’une équipe qui chaque jour travaille à vos côtés pour faire avancer l’entreprise, face à l’adrénaline du contrat signé !

Ne vous y trompez pas. L’effet narcotique et tout autant « adrénaliné » de l’entrepreneuriat n’a qu’un seul but : nous pousser à dépasser nos limites, à gravir les étapes sans relâchement, à porter à bout de bras enfin ces entreprises qui, plus qu’un projet professionnel, sont une réelle réalisation de soi.

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