Le 23 mai dernier se tenait au sein de Digital Campus le premier “Emerging Talks”  bordelais, organisé et animé par Samir Abdelkrim et Nicolas Ella, respectivement fondateur de StartupBRICS et du Bordeaux Young Business Club.

Pour traiter des opportunités offertes par les pays émergents aux startups bordelaises étaient présents des entrepreneurs, tels que Bubacar Diallo, fondateur & CEO de Benoo Energies, Julien Parrou, pour Héméra, Celestin Mboukem de la startup Seicenta ou encore Jean Talla, Directeur adjoint de la CCI de Bordeaux.

Dans un contexte d’économie numérique, de potentiels marchés à échelle locale, nationale et internationale restent à déployer tous les jours. Profitant de cette prise de conscience naissante, différents acteurs s’unissent autour de la question. C’est par exemple le cas de Syntec Numérique qui, en partenariat avec Afrobytes, organise une conférence internationale de la Tech africaine le 8 et 9 juin prochain.

Il n’en est pas moins que les opportunités ne sont pas clairement identifiables et s’avèrent difficiles à exploiter. En la matière, l’économie bordelaise jouit d’un dynamisme intéressant sur ce marché en pleine croissance.

De nombreuses startups proposent des services qui se veulent novateurs et rêvent de révolutionner les modes de vie. Cependant, force est de constater que ces projets peuvent être freinés par la saturation du marché et l’importance de certaines grosses entreprises implantées dans le paysage économique.

Dans ce contexte,  le développement à l’international paraît envisageable.  Là où une startup se confronterait à une concurrence accrue sur le territoire français, européen, voire américain, elle pourrait arriver à temps pour proposer ses services dans les BRICS en cette période de forte croissance et faire une différence. Dans ces pays, les solutions aux grands problèmes tels que l’accès à l’eau ou à l’énergie ne se bousculant pas à la porte, l’apport pour le consommateur serait beaucoup plus important que dans les pays saturés en innovations. Parallèlement, la concurrence se faisant rare alors que les besoins (exprimés ou sous-jacents) sont bien présents, le bénéfice envisagé par les startups est nettement plus grand.

Pour autant, les pays émergents représentent-ils une réelle opportunité pour les startups bordelaises ? Aussi enthousiasmant que cela puisse paraître, nous devons néanmoins de faire face à quelques problèmes de taille. Au delà des barrières de la langue, facilement surmontables à vrai dire, ce sont des questions de fond qui doivent ici être soulevées. A commencer par celle de l’écart culturel. Peut-on estimer que des initiatives nées à Bordeaux seront forcément en phase ou facilement adaptables aux besoins existants dans les modes de fonctionnement des pays émergents ? Rien n’est moins sûr.

Alors qu’un business model peut sembler pertinent sur un marché européen, il peut se révéler « impraticable » dans un environnement différent du point de vue des intégrations technologiques par exemple. Développer un concept sur Bordeaux, c’est possible, mais à la seule condition de baser la globalité de sa stratégie sur le milieu ciblé alors même qu’on est dans l’incapacité de l’observer.

Face à ce constat, StartupBRICS, premier blog dédié à l’actualité économique des startups et de l’innovation des pays émergents, a choisi de parcourir les pays émergents (Chili, Indonésie, Chine, Russie, Afrique, Brésil ou Inde par exemple) et de rencontrer leurs entrepreneurs afin de mettre en lumière les initiatives pertinentes répondant aux besoins des locaux. Par ailleurs, ces échanges leur permettent de développer au quotidien une connaissance pointue de l’écosystème de ces pays afin de pouvoir accompagner le développement de projets occidentaux sur et pour ces territoires.

Autre défi conséquent :  l’aspect juridique. Il paraît effectivement bien difficile de monter un projet sans maîtriser les réglementations en vigueur dans le pays dans lequel on veut s’installer. Sans une connaissance précise de la législation concernant la production d’énergie et la vente de services associés, nombre de projets portés par Benoo n’auraient jamais vu le jour. C’est d’ailleurs en alliant les savoirs culturels et juridiques que l’entreprise a pu mettre ses services à dispositions des usagers.

Il faut néanmoins noter un point commun à toutes les réussites présentées lors de la conférence Emerging Talks. Tous les créateurs, bien qu’opérant de Bordeaux, ont tissé et développé des liens profonds et sincères avec les acteurs locaux favorisant leur insertion et leur installation sur place. Preuve, si besoin en était, qu’il est impératif de s’assurer des conseils et contacts adéquats avant d’envisager toute implantation. 

Comme le rappelle Jean Talla, Directeur adjoint de la CCI de Bordeaux, le développement de startups bordelaises et celui des initiatives dans les pays émergents, notamment le Cameroun, le Bénin ou encore la Côte d’Ivoire, nécessite une implication quotidienne, l’allocation de fonds et la création de ponts pour préparer l’installation d’offres dans ces territoires. Jean Talla a ainsi évoqué les liens forts de partenariat entre la CCI de Bordeaux et l’Agence Française de Développement (qui s’intéresse par exemple aux opportunités de financements de projets liés entre autres choses aux secteurs de l’énergie et de l’eau en Afrique), en coordination avec les CCI présentes sur ces territoires, le cas échéant.

Cependant, avant d’ambitionner une ouverture sur ces territoires, et d’établir des contacts à l’international, les jeunes entrepreneurs doivent s’assurer un maximum de bagages en local, notamment sur le sol bordelais.

C’est dans cette optique d’entraide que Nicolas Ella et Alizée Valat ont créé fin 2015 le Bordeaux Young Business Club. Au sein du BYBC, des jeunes étudiants et entrepreneurs peuvent accompagner des porteurs de projets et consolider leur business model, en étant une source d’entraide réciproque. En co-organisant la conférence Emerging Talks, le club reconnait également les opportunités dans les pays émergents et l’importance d’une base solide avant de pouvoir s’attaquer à ces nouveaux marchés.

Néanmoins, au delà des startups bordelaises, tout comme des startups occidentales en général, il faut s’attendre à ce que les projets les plus adaptés aux besoins de ces pays se créent sur place. De quoi créer une nouvelle source d’inspiration pour le marché économique bordelais.

Candice Cibois – Alexandra Zwang
Bordeaux Business

Sources :

www.bybc.co

startupbrics.com

www.afrobytes.com

nouvelle-aquitaine.cci.fr