L’Adage « Too big to fail », par Damien ROUSSEAU

Damien Rousseau Bordeaux My Business

L’Adage « Too big to fail », par Damien ROUSSEAU

Par Damien ROUSSEAU, Expert Bordeaux My Business Finance

 

Si la croissance est au rendez vous pour bon nombre d’entreprises, on assiste en même temps à la chute de grandes enseignes ; pourquoi ?

 

Le constat : La croissance économique est au rendez-vous en France…

L’année 2017 a profité au tissu économique français puisque les défaillances d’entreprises ont reculé de 8,3 % en 2017 …un niveau toujours élevé, mais qui n’avait plus été atteint depuis l’automne 2008.

Reprise oblige, le repli est net dans la construction. Le secteur, tiré par l’investissement des ménages et des taux d’intérêt toujours très bas, représente à lui seul la moitié de la baisse totale des défaillances. Après des années de vaches maigres, le BTP s’est même mis à recréer des emplois.


En 2018, on peut s’attendre à ce que les défaillances d’entreprises du bâtiment et de l’immobilier continuent de baisser, mais de manière moins dynamique.

La conjoncture s’est également améliorée dans l’automobile, le textile, la distribution et les services aux particuliers, qui ont bénéficié du dynamisme de la consommation dans un contexte de faible inflation. Les entreprises de l’agroalimentaire ont, elles aussi, été davantage à la peine, notamment les boulangers et les pâtissiers qui ont été particulièrement affectés par le rebond des cours des céréales en 2017, causé notamment par les mauvaises récoltes de 2016.

…Et en Nouvelle Aquitaine

En nouvelle Aquitaine, les chiffres sont même meilleurs que la moyenne nationale mais masque de lourdes disparités.

En effet, les défaillances d’entreprises en Nouvelle Aquitaine étaient tombées pour la première fois depuis 2007 sous le seuil des 5.000 en 2016 (-15%) et 2017 confirme cette tendance baissière (-6,2% ; 4612).

La Gironde pèse près du quart des procédures régionales. En 2016, le département girondin était quasiment revenu au niveau de défaillances de 2007 (1.300), désormais il approche la sinistralité de 2006 (1.281 ; –4%).

Le trend est donc plutôt bon même si les TPE souffrent toujours.

Pour autant, est-ce forcément uniquement ces dernières qu’il faut surveiller lorsqu’on fait du B2B ?

Phénomène nouveau : les défaillances de grosses entreprises

Si l’embellie est incontestable et se confirmera en 2018, un phénomène nouveau se dessine. Les grosses entreprises ne sont pas si fortes que l’on pourrait le croire et certaines paient même aujourd’hui les pots cassés liés à un endettement massif. Le monde évolue vite et certaines, peu agiles de par leur structure, ont parfois du mal à se renouveler, à se réinventer.

Le « too big to Fail », pourtant si ancré dans nos certitudes, a aujourd’hui du plomb dans l’aile.

En 2017, le secteur de l’agroalimentaire a souffert des dépôts de bilan de grosses sociétés comme William Saurin, Jean Caby et Madrange, dont les chiffres d’affaires cumulés avoisinent les 790 M€.

Et cela inspire l’inquiétude.

Bien sûr, la tourmente pour William Saurin est liée à des malversations financières mais cela a un impact direct sur l’emploi dans les régions (4.200 salariés pour cette entreprise).

 

De même, le cirque Pinder, fondé en 1854 est en proie à de graves difficultés financières.

En trois ans, la fréquentation est passée de 450.000 spectateurs scolaires par an à 100.000.  Alors qu’il emploie 120 salariés, le chiffre d’affaires du cirque est passé de 7,4 à 6 M€ entre 2014 et 2016.

La semaine de 4,5 jours à l’école primaire, les critiques contre les animaux dans les cirques mais aussi la crise et les attentats ont favorisé cette chute de fréquentation.

 

Et à l’international ?

Si l’on garde tous en mémoire la défaillance de Kodak qui n’a pas su prendre le virage du numérique, de grosses entreprises internationales ayant pignon sur rue connaissent aujourd’hui de grandes difficultés.

Le but n’est pas de les brocarder mais plutôt d’en comprendre les raisons et d’appréhender ce phénomène à sa juste mesure.

 

  • Carillion

 

Ce n’est certes pas le plus connu du listing mais pourtant, les difficultés de ce géant du secteur du BTP outre-manche laisse présager des jours compliqués pour l’économie anglaise, qui plus est dans un climat d’incertitude lié au Brexit.

Le numéro deux du secteur de la construction outre-Manche, Carillion a annoncé début 2018 que sa situation financière très dégradée ne lui laissait pas d’autre choix que d’engager une procédure de liquidation obligatoire avec effet immédiat.

La faillite de cette entreprise vieille de 200 ans et pesant 5,2 milliards de livres de chiffre d’affaires secoue tout le Royaume pour plusieurs raisons. D’abord, parce qu’elle emploie toujours 43.000 employés dans le monde, dont près de 20.000 au Royaume-Uni.

Ensuite, parce qu’elle soulève des interrogations sur l’avenir de plusieurs grands chantiers en cours, comme la construction de la ligne TGV High Speed 2 entre Londres et le nord de l’Angleterre.

Que s’est-il passé chez Carillion pour que s’effondre ce géant au pied d’argile ? Le groupe a souffert d’un alourdissement de sa dette à 1,5 milliard de livres, lié notamment aux 580 millions de déficit de son fonds de retraites, au moment même où le report de plusieurs chantiers et des retards dans l’exécution de certains contrats fragilisaient son activité.

 

  • Remington

 

Autre secteur mais qui illustre ô combien les évolutions du secteur, les anticipations de politique voire des contextes exogènes peuvent fragiliser des géants.

En effet, Remington a déposé son bilan également en 2018 afin de procéder à une réduction de sa dette avec le concours de ses créanciers alors que se multiplient les manifestations aux Etats-Unis pour un contrôle plus strict des ventes d’armes à feu.

Les ventes du plus ancien armurier des Etats-Unis avaient fortement baissé en 2017 et la société avait du mal à honorer ses engagements avec ses créanciers.

Remington est tout de même parvenu à un accord avec ses créanciers lui permettant de bénéficier de la protection de la loi sur les faillites (Chapter 11) et de réduire un endettement de 950 millions de dollars.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le fait que le nouveau président soit favorable au droit des Américains à posséder une arme à feu n’aide en rien les fabricants. Ces derniers, qui avaient anticipé l’élection d’Hillary Clinton, avaient augmenté leur production en vertu du phénomène selon lequel les Américains craignant la mise en place d’un contrôle en achètent plus. Mais la candidate démocrate n’a pas été élue et la puissance de la NRA, le principal lobby des armes à feu, a fait disparaître les craintes et retomber les ventes.

 

  • Gibson

 

Le célèbre fabricant de guitares Gibson, dont les instruments sont passés entre les mains de John Lennon ou encore Elvis Presley, est en proie à de grandes difficultés financières et se bat pour ne pas mettre la clé sous la porte. Basée à Nashville aux Etats-Unis, l’entreprise mythique croule sous les dettes.

 

  • Toys R Us

 

En graves difficultés financières, Toys R Us, la première enseigne américaine de jouets et qui emploie 65.000 personnes dans le monde, a annoncé en Septembre 2017 s’être placé sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Cette décision permet à la société en cessation de paiement de poursuivre son activité, en la protégeant de ses débiteurs, qui ne peuvent agir pour obtenir le paiement de leurs créances.

Toys R Us a été acquis en 2005 pour 6,6 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros) par les fonds d’investissement KKR et Bain Capital, en partenariat avec la société immobilière Vornado Realty Trust. Mais l’opération s’est traduite par un lourd endettement qui a réduit les marges de manœuvre du groupe et freiné son développement.

Un handicap d’autant plus important qu’à l’instar d’autres distributeurs traditionnels, Toys R Us doit faire face à la croissance spectaculaire du commerce en ligne. Le géant mondial de ce secteur, Amazon, est ainsi devenu le premier vendeur de jouets aux États-Unis.

Plus d’une dizaine de détaillants américains ont déposé le bilan cette année aux États-Unis, comme la chaîne de parfumerie Perfumania et les enseignes de vêtements rue21, Gymboree ou BCBG Max Azria Global.

 

Comment éviter les dommages collatéraux de ces faillites ?

On le voit, les facteurs exogènes comme des décisions politiques, une crise géopolitique, de nouvelles normes ou encore le terrorisme mais aussi des facteurs endogènes comme un endettement massif, des malveillances internes peuvent précipiter des groupes de renommée nationale et internationale au bord du gouffre. Et cela n’est pas sans conséquence pour tous leurs fournisseurs. Ces derniers, de fait, subissent de plein fouet la mauvaise passe de leur principal client et bien souvent avec trop peu de temps pour pouvoir se retourner et prospecter de nouveaux clients.

On rappelle qu’une défaillance sur 4 en France est directement imputable à un défaut de paiement d’un de ces clients. Ce chiffre est juste éloquent, stupéfiant, compte tenu du contexte.

Bien sûr, on ne le dira jamais assez, la diversification de son portefeuille client permet de mieux absorber le choc mais ne protège pas pour autant.

Les solutions pour se protéger et sécuriser son poste client sont nombreuses et peuvent s’internaliser (créer un service de Credit management au sein de sa propre structure) ou s’externaliser (Sécuriser son chiffre d’affaires via l’assurance-crédit).

LA SOLUTION : L’assurance-crédit combine à la fois la dimension préventive nécessaire à une bonne prospection commerciale pour justement bien cibler ses futurs clients et la dimension curative avec l’indemnisation des sinistres et le recouvrement des créances commerciales.

Cette dernière semble d’autant plus appropriée que bon nombre d’entreprises en France sont des sociétés dites « Zombies ».

Depuis la sortie de la crise, le taux d’entreprises « zombies », maintenues artificiellement en vie par des financements à bas coûts dans un contexte de politique monétaire expansionniste, ne diminue pas en France, alors que l’Espagne, très affectée par la crise, a entamé une baisse dès 2013.

La situation des entreprises françaises est donc bien plus contrastée que ne le laisse supposer la baisse du nombre de défaillances.

 

Damien ROUSSEAU

DIRIGEANT GALLIEN CONSEIL

06 10 04 23 30

damien.rousseau@gallien-conseil.fr

353, avenue de Tivoli – 33110 LE BOUSCAT

www.gallien-conseil.fr

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