La Dune du Pilat, l’or aquitain en péril

La baie d'Arcachon est l'un des joyaux de la côté Atlantique

La Dune du Pilat, l’or aquitain en péril

L’âge d’or des grandes familles bordelaises semble se dissiper au fil des années, pourtant certaines continuent de poser leur empreinte sur le territoire local. L’histoire d’un lieu est souvent liée à l’histoire de grandes familles. La famille Gaume qui détient un groupe immobilier historique du même nom sur le Bassin D’Arcachon en est un parfait exemple. Détenue à hauteur de 60% par des entités privées, la Dune du Pilat qui se situe sur la commune de La Teste de Buch, est un lieu où se mêlent des intérêts divergents, partagés entre la préservation du site et les opportunités économiques. Dans un contexte de réchauffement climatique et d’érosion de ce site naturel, de nombreuses questions entourent la volonté de transformer ce lieu en domaine public.

La Dune du Pilat, une marque B’A

C’est en arrivant en 1911 à Arcachon que le grand-père de Louis Gaume développa un sens entrepreneurial aigu et ambitieuse, en ayant compris dès le siècle dernier le potentiel de ce lieu d’exception, Grand Site de France. Il y fonda une entreprise générale du bâtiment dans les années 30, une époque où le prix du foncier à Arcachon était accessible, là où la propriété la plus chère s’est vendue à 18 000 francs du m2. Les mises de départ sont en effet largement rentabilisées, au travers de certaines parcelles emblématiques dont le prix de vente a été multiplié par cent par rapport à l’achat initial. Sur une autre segmentation de la clientèle, les campings ont également beaucoup à jouer. Il faut compter environ 1400 euros la semaine pour séjourner pour un emplacement près du site naturel. La dune du Pilat, lieu emblématique du bassin d’Arcachon, grand lieu de villégiature, est un espace très valorisé et producteur de valeurs.

A ce titre, le marketing territorial prend une forme singulière à sur la côte ouest bordelais. En effet, Daniel Meller à qui on attribue la paternité de La Teste-De-Buch, avait décidé de transformer le “i” de la Dune du Pilat en “y”, devenant la Dune du Pilat afin de développer l’activité touristique de ce lieu et faire du Pyla-sur-mer une station balnéaire. Partie intégrante de la marque B’A (Bassin d’Arcachon) lancée en 2017, la Dune du Pilat est magnétique. Preuve en est, en 2018, elle a été élue la plage la plus “instagramée” de 2018.

Une mise en tension d’enjeux privés et publics

Avec près de deux millions de visiteurs par an, les recettes générées par la plus haute dune d’Europe s’élèvent à 170 millions d’euros par an. Ce chiffre attire bien évidemment les entrepreneurs et investisseurs de la Région, mais pas seulement. Les pouvoirs publics sont également engagés dans des pourparlers pour reprendre la main sur ce site d’exception. Animés par le souhait de protéger ce site naturel, les pouvoirs publics bénéficient de recettes fiscales importantes. Selon une enquête BVA pour le SIBA, l’économie balnéaire génère annuellement 311 millions d’euros. C’est seulement 35 millions d’euros pour la filière ostréicole et 26,5 millions d’euros pour les revenus issus de la pêche professionnelle. Si le lieu rapporte de nombreuses retombées fiscales, les collectivités dépensent chaque année deux millions d’euros pour enrayer le grignotement de la dune.

L’écosystème économique arcachonnais peut, du fait de cette mise en tension entre deux objectifs contradictoires, abriter de nombreuses tensions entre ces différents acteurs : promoteurs immobiliers, campings, collectivités… tensions qui peuvent être ravivées par le fait que la dune est détenue aux deux tiers par des parties prenantes privées. Dans cette perspective, le Conservatoire du littoral, créé en 1975 par l’Etat, entreprend, en collaboration avec le Syndicat Mixte de la Grande Dune du Pilat, gestionnaire du site, la mise en place d’un plan d’actions en faveur d’une réappropriation publique de cet espace remarquable.

En 2015-2016, ces opérations de maîtrise foncière ont connu des avancées significatives puisque le Conservatoire du littoral a entamé l’acquisition de 250 parcelles privées appartenant à 150 propriétaires sur la dune du Pilat et la forêt. En quarante ans, l’État a ainsi acheté 160 000 hectares pour 800 millions d’euros. En effet, sur les 506 hectares qui constituent le site, l’Etat dispose d’une centaine d’hectares qu’elles a racheté dans le cadre d’une politique d’acquisition à partir de 1998. Le département de la Gironde, détient de son côté, plus de 30 hectares au titre des Espaces Naturels Sensibles (ENS).

La conclusion d’une enquête publique, rendue en juillet 2015, favorable à la reconnaissance d’utilité publique de la Dune du Pilat a relancé la question de faire de la Dune du Pilat un domaine public. Si chaque acteur de l’écosystème économique arcachonnais est convaincu des bienfaits d’un tel site du point de vue du développement touristique, économique et environnementale, une prise en compte des différents acteurs. En effet, si la Dune du Pilat réintègre de manière totale la sphère publique, une réflexion devra dépasser le simple cadre de l’acquisition foncière pour se concentrer sur la gestion des espaces déjà acquis.

Justine ANGIBAUD

Sources :

Site officiel de la Dune du Pilat

Tendance Bassin

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