La LGV Bordeaux-Paris, du fantasme aux réalités

LGV Bordeaux Paris - Grand dossier Bordeaux Business

La LGV Bordeaux-Paris, du fantasme aux réalités

Près d’un an s’est écoulé depuis la grande déferlante parisienne promise par l’ouverture de la LGV Paris-Bordeaux. Des investissements conséquents pour un trajet un peu plus court, devant permettre une circulation fluide et intense entre les deux villes, décloisonnant Bordeaux, l’ouvrant un peu plus sur le monde, et surtout, ayant vocation à impulser l’économie bordelaise par une attractivité renforcée.

Au-delà de l’effervescence d’une telle mise en oeuvre, la dynamique positive s’est-elle d’ores et déjà réalisée dans les faits ? L’esprit entrepreneurial supposé de la capitale, mû par des transports facilités, met-il désormais en place une dynamique réciproque, ou bien un mouvement pendulaire peu probant ?

Certes, les installations se multiplient, les annonces de transfert de siège, de nouvelles ouvertures de postes… La mise en lumière médiatique pose cependant aujourd’hui les germes d’une lente transformation économique et sociale dont on ne mesure pas encore tous les effets à venir.

I. Une révolution des infrastructures et des mentalités

 

La mise en place de la LGV n’est pas la première pierre d’un mouvement entrepreneurial assez récent de la Capitale vers Bordeaux. De nombreux entrepreneurs ont, il y a quelques années fait le choix de s’installer au coeur de l’économie bordelaise, alors même que son attractivité économique ne sautait pas aux yeux.

Ainsi Tiana CASTELNAU, facilitatrice graphique, a, dès 2013, quitté un grand groupe parisien, où elle travaillait en tant que Responsable de studio graphique, pour lancer son activité, popularisant le “Mind Mapping”, inspirée de Tony BUZAN, une méthode anglo-saxonne visant notamment à mettre en images et en synthèse le fruit de longues réunions corporate…

Après plusieurs années, elle semble désormais s’être fait une place au sein de l‘écosystème bordelais, même, si, au démarrage, elle reconnait que Bordeaux est un marché relativement complexe, en plein essor, où il faut du temps pour être identifié.

Un constat que fait également Mathieu BACQUIN, fondateur de SELF&INNOV, qui a pour ambition de démocratiser l’accès au financement de l’innovation pour les PME, et surtout, au conseil en innovation, grâce à un outil développé sur-mesure, après une longue expérience au sein d’un Cabinet parisien.

Si Paris porte sur elle le souffle de l’innovation, les entrepreneurs parisiens, choisissent souvent de faire germer leurs idées au sein de Bordeaux.

 

L’envie d’entreprendre est quelque chose que j’ai en moi depuis longtemps mais c’est une aventure qui demande beaucoup de compétences. Donc j’ai commencé par faire l’éponge pour acquérir des compétences et me lancer.

 

La mise en oeuvre de la LGV semble ainsi concrétiser un mouvement engagé il y a quelques années pour les entrepreneurs français, choisissant de “s’attaquer au marché” bordelais”, quand bien même difficile d’accès, plutôt que de connaître une croissance certainement plus rapide, mais anonyme, au sein de la capitale.

Un changement de mentalité qui explique en partie le “boum” attendu de ce déploiement d’infrastructures. Ainsi, dans un communiqué de janvier 2018, LISEA, filiale du Groupe VINCI et concessionnaire du tronçon Tours-Bordeaux, estime que la LGV SEA représente désormais “l’épine dorsale” de la Nouvelle-Aquitaine, avec, sur les six premiers mois de sa mise en service, près de 3 millions de voyageurs, et 80 TGV par jour.

 

« Le succès commercial et technique de la ligne sur les six premiers mois d’exploitation est une grande fierté pour l’ensemble des équipes. Notre ambition : […] être un acteur innovant qui contribue à la modernisation du système ferroviaire français. » Hervé le Caignec, Président de LISEA

 

De quoi rassurer le Groupe au regard des 7,8 milliards d’euros de financement mis en oeuvre pour sa réalisation.

Grand Dossier : LGV Bordeaux Paris Bordeaux Business

 

CONSULTER L'INTERVIEW DE RENAUD LAGRAVE

 

Ne pas hésiter à se faire accompagner”
Marie-Pascale BALLET, OMUM, est originaire de Paris. Diplômée d’un Master de Sciences de la Vie à l’Institut National Agronomique Paris-Grignon,  particulièrement sensibilisée aux voyages, elle a quitté la capitale en 2010, débutant ainsi son voyage entrepreneurial en s’installant à Bordeaux.
Afin de s’implanter dans le secteur de la cosmétique bordelaise, elle a choisi de rejoindre le Réseau Entreprendre, dont elle est sortie Lauréate en 2012, ce qui lui a permis de bénéficier d’un accompagnement sur-mesure. Le Réseau Entreprendre permet à des entreprises d’être accompagnées par d’autres entrepreneurs, qui vont leur transmettre les clés pour réussir tout en partageant leur passion pour l’entrepreneuriat, puis ces entreprises, lauréates, vont à leur tour encadrer d’autres équipes. Grâce à cette expérience, Marie-Pascale a reçu tous les conseils pour prendre son envol et se lancer dans des conditions optimales sur le marché national.

II. Une dynamique de territoire, un challenge économique

 

CONSULTER L'INTERVIEW DE GWENDOLINE CAZENAVE

 

Quels sont aujourd’hui les objectifs annoncés liés à la LGV ? Pour les clients, il s’agit de de voyager plus vite (2h entre Paris et Bordeaux), de voyager plus (avec 33 allers-retours par jour), de voyager plus nombreux (avec une rame spéciale à deux niveaux, pour plus de 35 000 places par jour).

Au regard de la politique de prix, un Bordeaux – Paris en Ouigo permet d’obtenir une offre très accessible. Si plus de 40 millions de voyageurs circulent sur la façade atlantique, le plus important trafic concerne l’axe Paris-Bordeaux, et ce, dans les deux sens, soit 5 millions de clients, 50% de plus qu’auparavant.

 

Au regard de la typologie de la clientèle, la LGV draine deux fois plus de voyageurs d’affaires. Le nombre d’abonnement “Jeune” a également été multiplié par deux. L’axe Bordeaux-Paris est désormais la troisième ligne la plus fréquentée en France. Corrélativement, le taux de satisfaction client a augmenté de 7 points après le lancement, s’accompagnant de nouvelles fréquences, de nouveaux horaires, d’un confort plus important des nouvelles rames intégrant le wifi à bord, notamment.

En complément, la nouvelle offre de produits de Ouigo à l’offre Pros permet de répondre aux besoins et aux attentes de chaque catégories de voyageurs.

 

Cette nouvelle offre est désormais bien en phase avec leurs objectifs de satisfaction client. Testée tout d’abord sur l’axe Bordeaux-Paris, elle a permis de gonfler le taux d’occupation des trains à 100%, tout en rendant la Grande Vitesse accessible au plus grand nombre, avec une augmentation sensible de la clientèle Loisirs.

 

En outre, l’offre TGV Pro s’accompagne désormais de Salons Grands Voyageurs à Montparnasse et Bordeaux qu’ils ont entièrement redécorés, avec une attention portée aux “petits plus” : café et journaux offerts sur place. Cela afin de rendre les déplacements professionnels plus agréables et d’utiliser ce temps à bon escient.

 

Parmi les nouvelles offres en test début juin 2018, “l’aller-retour malin”, lequel permet, y compris à la dernière minute, d’obtenir des prix intéressants pour de courts séjours, comme le temps d’un week-end.

 

Pour Gwendoline CAZENAVE, l’objectif est d’augmenter la mobilité entre les grandes métropoles, et notamment d’aller chercher un marché soit qui ne voyage pas, soit qui voyage en voiture, actuellement le moyen de transport le plus concurrentiel du point de vue de la SNCF. Aujourd’hui, le train n’est pas encore un réflexe immédiat.

 

Avec la LGV, parmi les principaux axes de développement encore en oeuvre, Gwendoline CAZENAVE se donne pour ambition de poursuivre la croissance, toujours sur une tendance de croissance extrêmement forte du trafic.

L’attention est également portée à l’augmentations de la satisfaction client (rapport qualité prix, confort train, services à bord…). Désormais, avec la politique produit développée sur le train, la SNCF a réussi à capter des parts de marché à l’ensemble des modes de transports, et ce, malgré la multiplication des concurrents (bus, covoiturage…), en forte expansion.

 

En outre, le développement des activités business suit la facilité de mobilité. Il faut dire que Bordeaux a un vrai projet d’urbanisation : transports, verdure, moins de véhicules… L’impact de la LGV se fait donc d’ores et déjà ressentir car elle s’intègre dans un vrai projet de la Métropole, un sujet global et collectif d’un territoire.

 

Cédric FOURTEAU est le Co-fondateur  et Associé de l’agence immobilière ATELIERS LOFTS & ASSOCIES (Bordeaux – Arcachon – Biarritz – Paris).

Marqué par les valeurs le positionnement de Nicolas LIBERT, fondateur de la première agence immobilière spécialisée dans la vente de lofts, d’ateliers d’architecte et de maisons contemporaines en France, basée à Paris, Cédric FOURTEAU prend attache avec lui afin de proposer une collaboration.  Durant quatre ans, Cédric développe sur Paris ATELIERS LOFTS & ASSOCIÉS, avant d’impulser la marque de manière significative en devenant associé-fondateur de plusieurs agences en province. En 2006, il s’installe à Bordeaux pour ouvrir la première agence bordelaise.

Pourquoi Bordeaux ? Le groupe sait que la région bénéficie d’un dynamisme croissant et est plutôt optimiste concernant les transactions à venir, malgré la hausse des prix de l’immobilier au m² sur le secteur Bordelais et Arcachonnais.

 

Au cœur de l’économie bordelaise, ce qui est sûr, c’est que : « Ceux qui ont envie de faire avancer les choses ont leur place ».

 

CONSULTER L'INTERVIEW DE BERNARD UTHURRY

 

L’objectif est de développer les ETI (250 à 5000 salariés) à l’international, pour, par ricochet, développer l’économie locale. La Nouvelle-Aquitaine est une région très diversifiée sur le plan économique : mer, agriculture, tourisme, industries… Deux portes d’entrée sont ainsi envisageables : l’accompagnement des entreprises à la performance, ainsi que le développement économique pour l’emploi local.

Avec la LGV, ces objectifs trouvent un écho car le Sud-Ouest de la France était la dernière région à ne pas avoir accès à une LGV, laquelle devrait se déployer vers l’Espagne, le Portugal, pour se rapprocher in fine des côtes africaines. Ainsi, les perspectives de développement du territoire peuvent se révéler au travers de la capacité de la région à fédérer un club des ETI, une quarantaine à ce jour, lesquels ont vocation à s’autonomiser pour la R&D, tout en s’appuyant sur un réseau de sous-traitants locaux, avec un impact conséquent.

A ce jour, le dispositif Usine du Futur regroupe plus de quatre cent entreprises adhérentes, avec pour ambition que deux cent entreprises supplémentaires rejoignent le projet d’ici 2020. A partir de dix salariés, une entreprise peut candidater, sous réserve de disposer d’un projet innovant à soutenir, dans le but de pouvoir, notamment, accueillir des préconisations technologiques.

Au-delà de cette impulsion conjointe, la LGV impacte directement l’expansion touristique bordelaise.

 

III. L’essor fulgurant du tourisme bordelais, un effet attendu de la LGV

 

Les chiffres 2017 le prouvent : la Nouvelle-Aquitaine est désormais la première destination des touristes français, avec près de 25 millions de Français accueillis l’année dernière sur notre territoire, soit 12,1% de parts de marché en matière de nuitées, principalement en camping, sur le littoral comme en milieu rural, et ce, devant donc, l’Occitanie ou encore la Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Au mois de mai 2018, notamment, concernant l’hôtellerie, la clientèle est principalement française, à 75,5%, avec en suivant l’Espagne (5,2), l’Allemagne (4,3%), le Royaume-Uni (3.6%) et les Etats-Unis (2,6%).

 

La clientèle se répartit en outre de manière quasi égalitaire entre la clientèle d’affaires et la clientèle de tourisme.

Le  Comité Régional du Tourisme de Nouvelle-Aquitaine est une association de droit privé, loi 1901, dont le cadre juridique a été défini principalement en 1985, et ajusté avec la loi NOTRe.

« La Nouvelle-Aquitaine est pour la première fois de son histoire la première destination de vacances des touristes français. Nous le devons notamment aux actions de promotion que le CRT NA mène avec ses partenaires. Notre objectif désormais est de monter sur le podium des destinations régionales les plus prisées par les touristes internationaux »

 

CONSULTER L'INTERVIEW DE RÉGINE MARCHAND ET MICHEL DURRIEU

 

L’attractivité renforcée symboliquement fait écho aux multiples installations de structures nationales. Un focus porté qui existe grâce à l’action conjointe de tous les acteurs du territoire afin de faire de la Région Nouvelle Aquitaine, non seulement une grande Région, mais la Région française la plus dynamique.

La thématique des transports met en exergue une “nécessaire transversalité”, et une “stratégie commune”, comme le relève R. LAGRAVE. Les objectifs sont désormais, sur un maillage plus précis, “d’adapter l’offre de transport aux besoins de mobilité », de « développer les services pour faciliter et optimiser la mobilité », de « mailler le territoire par un réseau d’infrastructures renouvelé, développé et performant », de « consolider une vision stratégique et adapter la gouvernance » et enfin de «diffuser les mobilités de demain pour réussir la transition écologique ».

Cette vision s’inscrit enfin dans une mutation économique et sociale dont les effets sont encore à découvrir, avec en filigrane pour Bordeaux Métropole les ambitions d’Objectif 2050 : près de 50 000 logements d’ores et déjà construits, une LGV qui draine une partie de la population professionnelle et contribue à l’installation de sièges sociaux, tel Thalès, et, corrélativement, une réflexion globale amorcée sur les infrastructures routières, et notamment de fret, qui subissent quelque peu cette déferlante, à l’horizon d’un Grand Bordeaux de deux millions d’habitants, un changement d’échelle porteur d’autant d’espoir que de craintes pour le bien-vivre à la bordelaise.

 

 

 

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