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CARRIERES

“L’auto-entrepreunariat global”, entre paupérisation et volonté de liberté

5 mars 2018, Auteur : Bordeaux Business

Dans un contexte économique qui semble « compliqué », l’accès au marché de l’emploi évolue; de nouveaux modes de travail s’initient. Le taux de chômage en France semble se stabiliser aux alentours de  10% (chiffres INSEE), ce qui représente environ, 3,5 millions de personnes en recherche d’emploi.
Des chiffres qui explosent pour la cible jeune, avec un taux de chômage, en février dernier, de 24,6 %. En revanche, le marché de l’emploi chez les jeunes reste bouché, le taux de chômage des moins de 25 ans était, en mars 2017, de 23,7 % en France, alors que la moyenne est de 17,2 % dans l’Union européenne (chiffres Toute l’Europe).Un écart significatif.

La situation de l’emploi en région bordelaise

Dans ce qu’on appelle le “Bassin d’emploi de Bordeaux”,  le taux de chômage des jeunes reste plus élevé que la moyenne des grandes métropoles. Si Bordeaux reste une zone dynamique en matière de création de poste, notamment dans le secteur des services, l’essor de la population estudiantine, vite en demande sur le marché du travail, crée un déséquilibre certain, alors que les cadres issus de ces formations supérieures, et de manière générale, les professions à valeur ajoutée intellectuelles, sont déjà fortement représentées, selon le Baromètre JobiJoba.

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Le dynamisme économique de Bordeaux ne parvient pas à inverser la tendance. Les modèles se cherchent encore dans l’accès à l’emploi des moins de 25 ans. Le réseau présente cependant la « face cachée du recrutement ». Les PME familiales sont également nombreuses, ce qui limite l’accès à l’emploi pour les nouveaux arrivants.

Des plateformes de recrutements qui se (re)bousculent

Après une première période de verrouillage de l’accès au CVthèque par quelques acteurs historiques, aux jobboards financièrement difficiles d’accès aux PME, s’en est suivie une libéralisation massive de l’accès aux données et la multiplication des plateformes. La reconcentration progressive, avec la disparition de multiples petits acteurs du recrutement laisse désormais la place aux acteurs qui ont su qualifier leur base de données. On peut relever :

  • Cadremploi.fr : Plus de 2 millions de CV
  • Apec.fr : 400.000 CV régulièrement actualisés
  • RegionsJob : 1,8 million de CV
  • Monster.fr : 1,2 million de CV de moins de dix-huit mois

Indeed, qui faisait figure de « parent pauvre » graphique des jobboards, a su conquérir des parts de marché par une utilisation avisée de son outil d’indexation. A contre-courant, sur Bordeaux, Myfairjob a souhaité focaliser son offre sur l’envoi de candidatures spontanées et la valorisation des candidats, souhaitant « créer l’emploi » au travers de la rencontre recruteur – candidat. Une façon de se rendre visible autrement, sans répondre à une offre spécifique.

Pour le segment « jeunes et étudiants », de nouveaux acteurs ont également pénétré le marché, parmi lesquels on peut citer studentjob.fr, à vocation européenne voire internationale affirmée, jobetudiant.net, jobaviz.fr, aktiveo.com, prostudent.fr.

 

Au regard de la diversification des pistes possibles, le repli sur des social media comme LinkedIn semble rassurant.

 

Du désamour au désintérêt salarial

Dans ce contexte délicat d’accès à l’emploi, le salariat n’est pas la seule réponse. Voire, n’est plus une réponse. Les étudiants, les jeunes diplômés sont en effet à la recherche d’un nouveau mode de relation au travail.

On assiste en effet depuis quelques années à une prise de conscience de ce segment de la population d’une inadéquation entre leurs compétences, leur relation au travail et le marché de l’emploi tel qu’il existe aujourd’hui. Volonté d’être indépendant, volonté de prendre ses propres décisions, de monétiser la valeur travail, de choisir son temps de travail.

Face à cela, des entreprises confrontées à un environnement évolutif, à des variations de commande, des remises en question permanentes, notamment dans les jeunes structures, pour lesquelles prendre le risque du salariat est tout simplement inenvisageable, voire inadapté à la réalité de leur activité. Pour autant, la valeur intellectuelle des prestations n’a jamais été aussi importante.

En réponse, les plateformes alternatives fleurissent, notamment dans le milieu informatique, de la communication, du graphisme : Creads, Codeurs.com, Hopwork, Digikaa, Twago, Freelancer, Upwork, Graphiste… Elles sont symptomatiques de changement dans les clivages traditionnels de l’emploi.

Pour autant, entre l’accès à l’indépendance, l’autonomie voulue ou subie, l’entrepreneuriat, il est difficile de mesurer encore réellement l’impact de cette dichotomie entre ce qui est encore « socialement accepté » et les mutations en cours.

 

Les chiffres de l’autoentrepreneuriat en France
+ d’un million d’autoentrepreneurs en France
+ de 85% de croissance du nombre de travailleurs indépendants en France


Les motivations de l’autoentrepreneuriat

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Entre réalité du marché et évolution sociale

D’après une étude réalisée par l’Union des Auto-Entrepreneurs (UAE) en 2017 sur des jeunes de 18 à 29 ans, ils sont près de 26% à se désintéresser du Contrat à Durée Indéterminée, tandis que 73% déclarent que décrocher un CDI constitue un effectif majeur à leurs yeux. À l’heure où le chômage concerne 25,1% des jeunes, les modes de travail évoluent.
En effet, les emplois demandent des qualifications de plus en plus importantes, avec de l’expérience que les jeunes n’ont pas forcément pu acquérir, notamment à leur sortie de formation. De plus, la main d’oeuvre avoisine le SMIC, ce qui n’encourage pas les jeunes à travailler, dans une politique où le marché du travail est de plus en plus rigide.

Ce fort taux de chômage peut aussi s’expliquer par les changements socio-démographiques auxquels sont confrontés les nouveaux arrivants sur le marché du travail : ils arrivent dans un monde plus riche que que celui dans lequel ont commencé les générations précédentes, monde également qui a vu son espérance de vie augmenter considérablement (en 1946, les femmes vivaient en moyenne jusqu’à 65 ans contre 85 ans aujourd’hui, les hommes 60 ans contre 79 ans aujourd’hui).

Le recul de l’âge de départ à la retraite joue aussi sur le nombre d’emplois à pourvoir, mais pas seulement; en effet, le marché du travail est saturé à cause d’un autre facteur d’ordre éducatif : la multiplication d’écoles et d’organismes de formation plus poussés et accessibles permettent de diplômer tant de candidats qui chercheront ensuite un travail dans la même branche d’activité, une concurrence dès les bancs de l’école donc.

En conséquence, 60% des jeunes désirent entreprendre et devenir leur propre patron. Les retours d’expérience de ceux qui ont réussi, les success stories de concepts rentables et innovants incitent à suivre le mouvement. Près de 54% des jeunes qui sont ou ont été auto entrepreneurs ont trouvé que ce type d’activité était facile, bien qu’ils souhaiteraient avoir plus de garanties financières si leur entreprise ne décolle pas.

L’entreprenariat des jeunes est actuellement deux fois plus important que la moyenne nationale. Effet de mode ou réelle saturation du marché du travail ? Ce qui leur permet de se tourner vers l’auto-entrepreneuriat au détriment du travail salarié, c’est avant tout la volonté d’être mieux rémunéré (45%), mais aussi de pouvoir s’épanouir au travail avec la possibilité notamment de pouvoir choisir soi-même les projets sur lesquels travailler (44%) ou encore la possibilité de pouvoir trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée (39%).
La démocratisation du télétravail, notamment dans le contexte d’une activité dans le digital encourage ce virage auprès des jeunes, aujourd’hui connectés au monde entier de n’importe où. Ils considèrent que le système hiérarchique est un inconvénient pour un travail salarié (33%) alors que l’un des avantages notables est la sécurité de l’emploi, la possibilité de pouvoir acquérir un logement ou d’un crédit, où le CDI est indispensable aujourd’hui comme garantie (70%).

En revanche, ce qui motive les jeunes à être à leur propre compte est de pouvoir choisir eux-même leurs méthodes de travail (35%), leurs horaires librement (30%). Quelques éléments les font tout de même hésiter à se lancer dans l’aventure entrepreneuriale, comme par exemple la prise de risques financiers à lancer son activité dans le cas où cela ne fonctionne pas (52%), mais aussi de ne pas avoir de salaire fixe, facteur dépendant de l’activité et de son activité, ce qui n’est pas le cas dans le cadre d’un CDI ou d’un emploi salarié (46%), mais aussi le manque de couverture sociale dans ce cas de figure (37%).

Des raisons aussi attirantes que risquées de se lancer dans l’entrepreneuriat lorsque l’on est jeune diplômé.

 

L’eldorado promis cache, au-delà des mentalités, une paupérisation annoncée

L’essor du “freelancing”, s’il a donné, en quelques années, le sentiment aux (ex)salariés d’avoir le choix, de pouvoir organiser leur temps libre et leur temps de travail comme ils le souhaitent, sans contrainte, commence désormais à montrer ses limites.

En effet, l’ouverture des plateformes d’intermédiation à l’Europe, voire à l’international, met les freelances en compétition sur une échelle difficilement maîtrisable. S’ensuit une guerre des prix, avec un nivellement par le bas, tant le “dernier arrivé” voudra bien faire quelques concessions afin de remporter le projet et se faire un nom…

Un modèle qui peine à assurer aux indépendants une juste rétribution de leurs activités, et qui commencent à déclencher quelques foudres, au-delà d’une liberté assumée, sur fond de réalité économique.

Bien sûr, il existe la possibilité intermédiaire du portage salarial, qui permet à l’indépendant de disposer d’un statut salarié sans gestion administrative, moyennant le versement d’une commission. Pour autant, cela ne permet pas de s’affranchir de la recherche de clientèle.

Dans le même temps, l’essor des “petits boulots annexes”, plus ou moins déclarés, plus ou moins rémunérés, est symptomatique.

Du travail indépendant au jobbing

Présenté comme une révolution sociale, un mieux-être de l’économie collaborative, le “jobbing” est en pleine expansion. Présenté comme une “tendance sociale” aux petits boulots, ce qui est un mode de travail dans certains pays anglo-saxons, à savoir cumuler plusieurs emplois, faire varier ses activités, son temps de travail, reflète une dimension un peu moins glamour qu’il n’y parait sur le territoire français.

Ainsi, en 2014, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques  – DARES estimait à près d’un 1,4 millions le nombre de Français cumulant plusieurs emplois, en majorité en complément d’un CDI. Au-delà du temps choisi et de la liberté de carrières, il semble que cette tendance reflète toutefois le développement des recours aux CDI en temps partiels.

Selon l’étude 2017 de JobiJoba, près de 5% de l’offre d’emploi en ligne est consacrée au jobbing (soit 46 855 annonces); en grande majorité en Ile-de-France

Le jobbing recouvre désormais une multitude de services, petites missions ou tâches effectuées contre rémunération, dans des occupations du type jardinage, bricolage déménagement ou encore baby sitting. Il semble que l’on soit encore loin dans une libéralisation de l’accès au travail, ni encore dans un véritable progrès sociétale…

 

Autres sources :

Sondage OpinionWay pour l’UAE et la Fondation Le Roch les Mousquetaires à l’occasion du salon Les Entrepreneurs Paris 2017

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