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Le Business de la Local Food, entre retour aux sources et résilience

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Panier de légumes frais et fruits de saison livré à domicile par un producteur local

Le Business de la Local Food, entre retour aux sources et résilience

Le Business de la Local Food est une tendance de fond qui ne cesse de conquérir de nouveaux adepts. Contemporaine du “Made in France”, de l’économie collaborative, des nouveaux modes de travail, du véganisme, du commerce équitable, l’alimentation locale est une composante majeure d’un art de vivre qui prône la responsabilité sociétale.

La naissance du concept de “local food” ou de “locavorisme” est attribuée à Jessica Prentice (1). Utilisé pour la première fois lors de la Journée Mondiale de l’Environnement de 2005 à San Francisco, le terme “locavore”, désormais consacré, fait pourtant référence à des modes de consommation bien moins novateurs que traditionnels… Ainsi, nos assiettes n’auront jamais tant eu le goût vrai, sain, gourmand des recettes de nos grands-mères.

Un locavore, c’est avant tout un consommateur qui cherche à reprendre le contrôle de son alimentation. Amateur averti du “consommer mieux”, il se fournit en produits de meilleurs qualité, en quantité réduite, et au juste prix. Il défend l’idéal d’un commerce équitable à l’échelle locale. Valorisant le retour aux sources, aux productions locales, la local food couvre plusieurs enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Lesquels sont intrinsèquement liés.

Dans un monde qui encense le progrès, force est de constater que le contre-courant est possible. Plus encore, il fait ployer l’économie en bien des aspects et rencontre aujourd’hui plus que jamais les prévisions alarmistes longtemps boudées.

Local food et économie locavore, quels enjeux ?

La tendance du local food se développe en réponse à différentes prises de conscience, à commencer par une production agroalimentaire excessive et déraisonnable. On ne connaît plus la saisonnalité des produits, ni même le lieu et climat nécessaire à faire pousser tel fruit ou légume. Les tomates rougissent en serre en hiver en Espagne ou au Maroc, les ananas viennent d’Afrique et d’Amérique latine avec leur nuage de kérosène, les saumons sauvages ne sont guère plus sains que ceux de l’élevage de montagne. 

L’économie locavore cherche à réduire les coûts des intermédiaires en privilégiant la vente directe. En réduisant les distances et les étapes, on réduit alors à la fois l’empreinte carbone, et les marges prises par les intermédiaires. Le prix des produits diminue alors, dans un contexte global qui voit plutôt les dépenses alimentaires grimper. Pour autant, les producteurs sont plus équitablement rétribués pour leur travail. On remet ainsi au coeur de l’échange le lien social entre le producteur et le consommateur. Les locavores se sentent donc tout à fait investi d’une responsabilité économique locale. Leur démarche pour une alimentation saine se fait en soutien des producteurs et agriculteurs locaux.

Par ailleurs, cela va de pair avec un rejet de la surconsommation et du gaspillage alimentaire. Dans un contexte d’épuisement des ressources, d’une Terre à bout de souffle, incapable de nourrir l’humanité, les locavores cherchent  rétablir l’équilibre. Cela commence par acheter le nécessaire, consommer des produits frais, de saison, et dans l’idéal bio.

Motivée également par la crise économique, la local food se fait un relai de croissance, au plus proche des gens et de la réalité. Depuis une quinzaine d’année, en Gironde, et globalement dans toutes les régions et départements de France, des initiatives locales voient le jour pour organiser l’économie locavore.

Les initiatives local food en Gironde pour manger mieux

Entre associations, entreprises engagées, et opérations des collectivités locales, le business de la local food occupe un terrain de plus en plus important (2). En témoigne la carte des producteurs locaux, qui recense plus d’une centaine d’acteurs sur Bordeaux et l’agglomération bordelaise.

Les AMAP, associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne, font partie des plus anciennes organisations pour le commerce local. On comptait déjà 17 réseaux de distribution AMAP en 2002. Aujourd’hui, ils maillent tout le territoire national.

Dans la même veine, Bordeaux voit depuis quelques années fleurir différentes entreprises proposant la vente directe des producteurs aux consommateurs, en livraison en en points retraits. Tirant partie du digital, elles s’organisent selon des modèles économiques variés, chacun cherchant à trouver la combinaison la plus viable. Parmi les initiatives local food qui semblent tenir sur la durée, on retrouve notamment :

– Le Drive Fermier qui vend tout type de produits alimentaires;

La Ruche qui dit Oui ! créée en 2011. Elle forme un réseau de distribution regroupant plus de 1500 “ruches” ou point de retrait en France. On en compte 29 sur le métropole bordelaise.

– Paysans et consommateurs associés, qui permet depuis 2004 de commander auprès des producteurs et de venir récupérer ses paniers au cinéma l’Utopia à Bordeaux.

Les P’tits Cageots, qui, plus qu’un regroupement de producteurs fermiers, est directement le producteur pour une part croissante des produits, principalement en bio. Les achats sont disponibles en ligne tel un Drive, et il est possible de récupérer sa commande en livraison ou à la boutique.

Le Panier Fraîcheur Maraîcher, qui propose des paniers surprise selon la disponibilité des produits et la saisonnalité.

La Compagnie Fermière, avec ses boutiques à Gradignan et Mérignac.

Le Locavorisme récupéré par les enseignes traditionnelles

Conscientes de l’importance croissante pour les consommateurs de consommer local et de qualité, les grandes surfaces multiplient et étoffent depuis quelques années leur offre. Davantage de rayons bio, de marques producteurs locaux, de produits issus du commerce équitable.

Ainsi, chaque enseigne crée sa propre marque “responsable”. Leclerc propose “Producteurs locaux”, Casino “Ça vient d’ici”, Monoprix “Petits Producteurs”, Carrefour “Reflets de France” et son initiative “Act for Food”… D’autres marques voient également le jour au sein des producteurs. Candia par exemple, propose « Le lait de ma région” depuis 2011, au milieu de 7 autres marques, dont une bio. De leur côté, Carrefour et Leclerc mettent en rayon “Le Lait des Consommateurs” pour du lait au juste prix pour les producteurs et les consommateurs.

Valorisant leur image de marque, il réponde également à une autre demande des consommateurs : l’envie du moindre effort. En effet, si l’économie locavore se développe, force de constater qu’aucune initiative local food ne permet pour le moment de se fournir pour la totalité des besoins du foyer. Ainsi, les grandes surfaces misent sur leur avantage de toujours : la complétude de l’offre. Tout au même endroit.

Pour autant, elles peinent à défendre une autre dimension cruciale du locavorisme : le lien social. Ainsi, elles restent dépersonnalisées et ne savent effacer leur image de gourmand intermédiaire. Malgré un discours pour le bien manger et le pouvoir d’achat, les produits locaux et bio sont toujours 10 à 30% plus chers en magasin qu’en vente directe chez les petits producteurs et initiatives locales.

Locavorisme et crise sanitaire : de la réalisation des prévisions…

En décembre 2016, une étude conjointe de Blezat Consulting, le Crédoc et Deloitte Développement Durable pour le compte du Ministère de l’Agriculture (3), se concentre sur les tendances et impacts des comportements alimentaires en 2025. Elle y développe notamment que la tendance locavore continuera à faire des adepts. Parmi les premières considérations : les questions éthiques, l’emploi locaux, le rejet d’une mondialisation inéquitable et dangereuse. Viennent s’y ajouter la crise agricole, c’est-à-dire la recherche par les producteurs d’une meilleur reconnaissance et valorisation ; le réchauffement climatique induit par les conditions de production massive et de transport des marchandises ; les accords commerciaux anti-mondialisation ; et les potentiels crises sanitaires.

Ce dernier point fait soudain écho à la situation dramatique dans laquelle le monde se trouve actuellement. Ainsi, la crise du Coronavirus ou COVID-19 s’inscrirait-elle dans les facteurs déclencheurs d’une économie locale plus développée et avertie. Pour faire face à la pénurie en produits alimentaires et aux soucis d’approvisionnement, différentes initiatives sont mises en place.

Dans cette optique, la Région Nouvelle-Aquitaine a mis en ligne une plateforme solidaire pour la livraison de produits locaux (4). Les producteurs pouvaient s’y inscrire dès le vendredi 27 mars 2020. La plateforme elle est ouverte depuis le 31 mars 2020. Elle a pour but de favoriser la vente en circuit court, d’offrir aux consommateurs la possibilité de se fournir en produits locaux, de qualité, et livrés à domicile dans ce contexte qui recommande de ne pas sortir, de permettre aux commerces de s’approvisionner.

Reste à voir si cette crise sanitaire saura donner à la local food un élan sur le long terme. Ou si la prise de conscience ne sera que de courte durée.

Candice CIBOIS – BORDEAUX Business

Sources :

(1) Poulot, Monique. « Vous avez dit « locavore » ? De l’invention du locavorisme aux États-Unis », Pour, vol. 215-216, no. 3, 2012, pp. 349-354.

(2) « Comment acheter local à Bordeaux ? », Papilles et Pupilles, février 2016

(3) Etude commandée dans le cadre du Contrat de Filière Agroalimentaire (Action N°36) par le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, l’ANIA, la CGAD, la CGI, Coop de France, la FCD et FranceAgriMer

(4) « Coronavirus – Une plateforme solidaire pour la livraison de produits locaux », Entreprises en Nouvelle-Aquitaine, 25 mars 2020

Consultante Media pour BORDEAUX Business, j'aime l'économie, la stratégie, le business. Je cherche à comprendre le jeu d'acteurs sur Bordeaux, les enjeux, les enchevêtrements qui font la complexité de paysage économique de la région bordelaise.

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