L’économie collaborative, un modèle disruptif normalise ?

Une terrasse de café avec des tables et des chaises

L’économie collaborative, un modèle disruptif normalise ?

L’économie collaborative désigne les pratiques visant à partager et à échanger des biens entre particuliers, en imitant les intermédiaires entre producteur et consommateur. En apportant non seulement des nouvelles possibilités aux consommateurs, elle modifie également leur statut sur le marché de l’offre et de la demande, passant de simple demandeur à offreur-demandeur. Le fleurissement de nouvelles plateformes telles que Airbnb ou Blablacar a imposé un changement chez les entreprises pour comprendre davantage les perspectives business de la consommation collaborative mais également les mutations des pratiques d’achats. Les start-up de la consommation collaborative montrent que les voyants sont au vert et que ces nouvelles pratiques ne sont pas un simple effet de mode.

Des start-up de la consommation collaborative qui n’en finissent pas de séduire


En 2015, environ 9 000 start-up se partageaient le marché mondial de la consommation collaborative. En 10 ans, les perspectives du marché ont ainsi été multipliées par vingt. Basées sur l’essor des plateformes numériques, ces start-up permettent de mettre en lien directement des particuliers entre eux, c’est-à-dire de pair à pair. S’appuyant sur le numérique, l’économie collaborative intéresse ainsi les géants d’internet mais aussi les entreprises plus conventionnelles qui y trouvent des perspectives de développement. En 2017, la Banque Postale a notamment racheté la plateforme KissKissBankBank. On voit donc que les acteurs conventionnels essaient de s’adapter à l’émergence d’acteurs alternatifs proposant différents services collaboratifs.

Le succès de la plateforme AlloVoisins témoigne bien de cette évolution du marché de l’offre et de la demande en termes de consommation alternative de bien. En effet, créé il y a six ans, AlloVoisins rassemble désormais plus de trois millions de membres sur le territoire national. Cette start-up nantaise promeut le lien social entre quartiers et ville en proposant d’améliorer le quotidien des Français : dépannage, location d’un objet, travaux en tout genre. Sa spécificité est de fonder son business model uniquement sur la demande. C’est sur ce même modèle économique que sont fondées les initiatives collaboratives : une demande potentielle et des actifs sous-exploités.
La forte croissance engendrée par une plateforme comme AlloVoisins dont 9% en Nouvelle-Aquitaine, s’explique par la grande superficie de notre région qui est parfois marquée par une carence en ressources matérielles, des territoires pour lesquels le développement de services collaboratifs est un terreau favorable.

La tendance à la normalisation du secteur de l’économie collaborative

Pour autant, si les acteurs conventionnels scrutent avec attention les évolutions des acteurs de la consommation collaborative, ceux-ci tendent à diversifier leur offre, initialement orientée de pair à pair, vers des offres proposées par les acteurs conventionnels. C’est notamment le cas avec AlloVoisins qui a récemment développé un positionnement dans lequel des professionnels peuvent répondre à des demandes spécifiques de Voisins, et non plus uniquement des particuliers. En effet, initiée il y a plus de 10 ans après la crise économique et financière de 2008, l’économie collaborative n’est plus un marché émergent. Plus de 75 % des Français ont déjà acheté ou vendu un objet d’occasion selon l’observatoire de l’économie collaborative. Cette tendance est également intergénérationnelle puisque les personnes âgées de 25 à 55 ans font appel, dans les mêmes proportions, à ces pratiques d’achats. Cette tendance à la généralisation peut ainsi expliquer la normalisation du business model des start-up de l’économie collaborative.

Une illustration de cette tendance à la généralisation s’opère dans le cadre B2B et B2C. Dans une optique B2B, utiliser des plateformes de partage peut signifier pour une entreprise diminuer ses coûts de production. D’un point de vue B2C, l’économie collaborative devient également une opportunité en permettant aux entreprises dites conventionnelles de vendre davantage et de diversifier leur gamme de services. En effet, l’excellence opérationnelle et la valeur ajoutée générée par l’expérience client sont deux moteurs de généralisation de cette pratique à la fois pour des acteurs historiques et des nouveaux concurrents. Cette tendance à la généralisation du secteur de l’économie collaborative est même issue des acteurs les plus connus de l’économie collaborative. Airbnb emploie par exemple des photographes professionnels pour mettre en valeur des biens tandis que Uber pratique le salariat pour certains de leurs fournisseurs.

Si le modèle économique des start-up de l’économie collaborative, essentiellement basé sur le freemium, converge , au fur et à mesure des phases de développement, vers celui des acteurs plus conventionnels ; elles se distinguent davantage sur la vision de leur activité. Les entreprises de la consommation collaborative cherchent donc à promouvoir un mode de consommation plus économique, plus responsable et plus convivial. Que ce soit pour des start-up locales de l’économie collaborative ou des géants du secteur, la tendance de fond est résolument tournée vers la standardisation des prestations, signe que le modèle collaboratif se normalise.

Justine ANGIBAUD

Sources :

« L’économie collaborative, un nouveau modèle socio-économique ? », Vie Publique, août 2018

Etude « Enjeux et perspectives de la consommation collaborative », Direction Générale des Entreprises, juin 2015

Aucun commentaire

Publier un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

X