L’énergie en question: perspectives en Nouvelle-Aquitaine et en France

L’énergie en question: perspectives en Nouvelle-Aquitaine et en France

Le mouvement des gilets jaunes a débuté par une contestation du prix du pétrole à la pompe. Si nombreux sont ceux qui parlent d’un “ras-le-bol fiscal”, le besoin de mobilité et la vulnérabilité énergétique dans laquelle se trouve de nombreux Français sont autant de facteurs qui montrent qu’une économie ne peut se passer de réfléchir sur son modèle énergétique.

Le 16 mai dernier, Bordeaux Business a ainsi été convié à une conférence de presse à la CCI, 17 place de la Bourse,  sur le thème de l’activité pétrolière en Nouvelle-Aquitaine et en France. Trois intervenants ont ainsi pris la parole pour discuter des problématiques énergétiques: Francis Duseux, président de l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP), Jean-Pascal Simard, directeur des relations publiques chez Vermilion et Bruno Ageorges, directeur des Relations Institutionnelles et des Affaires Juridiques chez UFIP.

 

 

Repenser notre mix énergétique: à quel prix pour l’économie bordelaise ?

 

Si la France n’est productrice de pétrole qu’à hauteur de 1%, bien loin de l’Arabie Saoudite ou la Russie, les citoyens méconnaissent bien souvent l’existence de sites d’exploration et production de ressources pétrolières au niveau local.

En effet, la société canadienne Vermilion est implantée depuis 1997 en France principalement sur le bassin parisien en Seine-et-Marne et sur le bassin Aquitain à Parentis, Ambès et Vic Bilh. Vermilion, petit poucet de l’industrie pétrolière avec une capitalisation boursière à hauteur de 3,5 milliards d’euros contre 125 milliards d’euros pour Total, produit 1700 tonnes de pétrole brut par jour, raffiné à Donges en Loire-Atlantique.

Avec une prévision de 9 milliards d’individus d’ici 2040, la consommation d’énergie mondiale devrait augmenter à hauteur de 25%. Un double défi se pose donc: celui de produire sans cesse plus d’énergie afin de répondre à la demande et diminuer toujours plus la quantité de CO² produite.

Repenser le mix énergétique est donc crucial. A l’heure actuelle, le mix énergétique se compose de 25% de pétrole, 25% de gaz, 20% de charbon, 25% d’hydrocarbures et environ 17% d’énergies renouvelables. L’UFIP qui est l’organisation professionnelle qui représente les intérêts des sociétés pétrolières sur le territoire national, préconise que la part du gaz dans le mix énergétique augmente et que le charbon diminue de moitié en raison de sa forte pollution. Si la France est souvent décriée pour son nucléaire, elle est en revanche peu concernée par le charbon alors que certains pays comme la Pologne et l’Inde en plein boum économique sont pleinement dépendants de cette énergie. De plus, si l’Allemagne, de son côté, s’est engagée à stopper toute activité nucléaire sur son territoire d’ici 2023, elle n’a fait aucun engagement concernant le charbon.

Ainsi, la question de la transition énergétique ne peut être résolue qu’à une échelle multilatérale dans la mesure où les plus gros pays exportateurs de pétrole sont loin de vouloir diminuer leur production. En témoigne, l’accord historique conclu entre la Russie et les pays de l’OPEP en 2019.

 

La Nouvelle-Aquitaine: le “pétrole Bashing” est-il souhaitable d’un point de vue national et local ?

 

La loi du 30 décembre 2017 sur l’exploitation-production partait d’une belle initiative et d’un constat de bon sens. Initiée par Nicolas Hulot lorsqu’il était ministre de la transition écologique et solidaire, celui-ci souhaitait un arrêt immédiat de l’exploration et de la production de pétrole en France. Après un recours au Conseil d’Etat, l’UFIP a obtenu un délai repoussant l’arrêt à 2040.

 

Pourtant, dans le paysage français, le pétrole représente plus de 46% de l’énergie finale consommée, c’est seulement la moitié pour l’électricité. La dépendance des habitants et des entreprises est donc forte vis-à-vis du pétrole. Un arrêt drastique de la production de pétrole d’ici un horizon à 10 ans ne permettrait pas un délai assez long pour engager un changement de comportement et une démarche éco-citoyenne durable. A l’horizon 2040, cela conduirait simplement à importer le manque de pétrole non produit en France, tout en sachant que pour une tonne de pétrole importée, cela multiplie par trois l’empreinte carbone.

De plus, au niveau national et local, le pétrole est un collecteur de taxes très important. En effet, sur le territoire, l’essence est le produit le plus taxé. En l’espace d’une dizaine d’années, les taxes, dans la part du prix à la pompe, ont augmenté de 25 %. L’avantage est que cela constitue des ressources pour l’Etat qui redistribue lui-même les redevances aux collectivités locales: d’abord le département puis à la commune concernée.  La redevance s’élève ainsi à 5 millions d’euros au niveau aquitain. Le désavantage majeur est cependant de constituer un frein fiscal sur les consommateurs et les entreprises, ce qui a de fortes conséquences sur leur compétitivité-prix.

De plus, au niveau local, Bordeaux anime des activités portuaires. Marseille, le Havre et dans un moindre effet Bordeaux, seraient donc touchées par l’arrêt de la production de pétrole d’ici 2040 en France dans la mesure où plus de la moitié des revenus des activités portuaires sont issus des produits pétroliers. Bordeaux Port Atlantique est par exemple l’un des seuls ports de France a exporter du pétrole brut.

 

 

Afin de pallier au “pétrole bashing”, Vermilion a mis en place des partenariats éco-citoyens locaux. En effet, lors de l’extraction de pétrole, de l’eau chaude est également extraite. Vermilion travaille ainsi avec Tom d’Aqui depuis 2008 à recycler cette eau chaude pour des serres horticoles. L’objectif est ainsi de créer de la richesse additionnelle. On laisse libre choix à nos lecteurs de décider s’il s’agit d’une véritable volonté pour Vermilion de renforcer son ancrage local ou bien davantage d’opérer un “green-washing”.

 

S’il faut veiller à ne pas opposer trop vite les énergies entre elles, il faut en conclusion interroger les principales attentes des Français vis-à-vis de l’énergie. Les trois premières sont de disposer d’une énergie peu coûteuse, d’une sécurité d’approvisionnement et d’une énergie plus verte. Or, sont-elles vraiment conciliables ? Si la question d’un compromis se pose, l’horizon temporel est également important dans la mesure où la la loi de décembre 2017 impose de faire un choix à un horizon proche, celui de 2040. C’est donc l’opportunité de revenir sur la proposition d’une taxe carbone sur les transports routiers étrangers européens notamment, comme c’est déjà le cas en Allemagne ou au Pays Bas. Le dispositif des Certificats d’Economie d’Energie est à ce titre une initiative encourageante.

Justine ANGIBAUD – BORDEAUX Business

 

Sources:

 

Dossier de presse “Industrie pétrolière française en 2018 et perspectives 2019”

Tom D’Aqui

 

 

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