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GRANDS DOSSIERS

Les banques sont-elles toujours au service des entrepreneurs ?

4 janvier 2017, Auteur : Bordeaux Business

Entre désaffection de la PME et levées de fonds qui semblent parfois incongrues, une économie à deux vitesses…

  1. Le rôle traditionnel des banques malmené par la nouvelle économie
  2. Entre manque de soutien réel et désaffection volontaire des chefs d’entreprise
  3. Les modes d’investissement alternatifs en plein essor
  4. L’essor des Fintech face au besoin de proximité de l’entrepreneur
  5. La banque et l’entreprenariat, un modèle à réinventer en local

Le rôle traditionnel des banques malmené par la nouvelle économie

Ces dernières années, de nombreux changements ont eu lieu dans la façon de penser l’économie et dans la manière de consommer.

Des grandes sociétés mondiales comme Google, Uber ou Amazon ont mis en place des modèles économiques différents qui ont bouleversé les marchés et déstabilisé un modèle qui paraissait pourtant bien établi. Le secteur bancaire, que l’on pensait intouchable, sûr de sa force et de ses acquis, n’échappe pas au mouvement conjoint du développement des technologies, aux mutations des usages sociaux et aux évolutions des business models.

Difficile cependant, dans un contexte de réglementation accrue, et parfois, de manque d’anticipation, de faire face à des nouveaux concurrents qui bousculent le rôle traditionnel de la banque.  Ces nouveaux arrivants misent sur des services différents que les banques, moins souples dans leur gestion, ont du mal à proposer.

Malgré le virage du numérique effectué pour la plupart d’entre elles, elles font face à des coûts dont ces concurrents se sont affranchis (tels que le coût structurel des agences bancaires). Relation directe, simplicité d’utilisation, rapidité des virements, souscription en quelques clics à des produits financiers… Rapidité et facilité sont donc les maîtres-mots de ces nouvelles sociétés de la finance qui visent les particuliers et les PME : un segment de marché important pour les banques.

Il est évidemment trop tôt pour annoncer que les banques traditionnelles vont perdre leur rôle-clé, mais il est sûr que l’on ne mesure pas encore toutes les mutations sectorielles à venir, que ce soit dans le cadre des réductions de coûts liées à la digitalisation, qu’au regard des évolutions des attentes des clients, notamment professionnels.

Une « distance » qui se crée entre des chefs d’entreprises qui ont besoin de réactivité, d’efficacité, et des banques qui peinent à « prendre le pas » aussi rapidement que souhaité sur le territoire aquitain. Bordeaux Business s’est entretenu avec Edouard BEFVE, Directeur du Développement des Territoires et des Entreprises au Crédit Agricole d’Aquitaine.

« Aujourd’hui, c’est plus de 500 personnes au Crédit Agricole d’Aquitaine sont dédiées à l’accompagnement des entreprises sur les 3 départements de la Gironde, des Landes et du Lot et Garonne.  La dynamique de notre territoire s’exprime par la diversité des entreprises qui s’y développent. De l’agriculture aux industries de pointe en passant par une économie de service et résidentielle puissante. Des ETI historiques et solidement ancrées, aux PME/PMI innovantes et à forte croissance, jusqu’aux start-up du numérique.

Chacun de ces acteurs n’a pas tout à fait les mêmes attentes envers leur banque, ni la même connaissance du fonctionnement et des possibilités d’accompagnement de celles-ci. Un point commun cependant, tous cherchent “réactivité, facilité de contact, expertise et dialogue”.

Il y a souvent en effet, derrière les potentiels désaccords, un problème de compréhension, de pédagogie des entrepreneurs vers les banques et inversement. Comme toujours, il est nécessaire de passer du temps à expliquer les besoins, les contraintes que chacun rencontre et les solutions que l’on peut envisager. L’anticipation des difficultés et la transparence, s’avèrent souvent des paramètres déterminants. En cas de blocage, il faut s’attacher à rétablir le dialogue.

Globalement, les clients ont besoin, comme dans tout secteur d’activité, de beaucoup de réactivité et de simplicité dans la relation.  En matière de conjoncture sectorielle il est difficile de faire des généralités car au sein de tous les secteurs, nous rencontrons, en fonction des contextes, des situations très diverses. En parallèle, le contexte des taux d’intérêt faibles permet le développement de l’investissement et l’abaissement des charges financières.

Notre objectif aujourd’hui est de donner davantage de temps commercial aux conseillers et chargés d’affaires afin d’être au plus près de leurs clients et prospects. La relation humaine reste extrêmement importante pour les clients mais aussi pour la banque afin de bien comprendre les enjeux et les risques associés à un projet de développement. En matière de risque, le Crédit Agricole d’Aquitaine “continue d’en prendre” pour favoriser l’entreprenariat et l’accompagnement de filières en difficulté. Enfin, concernant les FINTECH, je ne les vois pas comme une menace mais comme une opportunité qui permettra dans un cadre partenarial d’intégrer des services et offres innovants. »

Entre manque de soutien réel et désaffection volontaire des chefs d’entreprise

 

En Gironde, où les PME représentent 80 % du tissu économique, certaines voix commencent à s’élever contre le système bancaire traditionnel. En cause, le manque de soutien des institutions financières qui ne jouent plus, selon eux,  leur rôle d’accompagnement économique, par crainte de « prendre des risques ». Ainsi, le décalage serait de plus en plus grand entre des chefs d’entreprise qui ne se sentent pas soutenus, pas entendus par leur conseiller bancaire, et des banques qui pensent faire le « maximum », mais ne comprennent parfois plus les attentes de ces entreprises, soumises à un environnement concurrentiel de plus en plus dense, et dans le même temps à des délais de paiement, voire des impayés de plus en plus fréquents de la part de leurs propres clients.

Au-delà, ce décalage apparaît parfois incongru, au regard des mécanismes de développement et de croissance des entreprises. Une approche concrète qui fait défaut, comme nous l’explique, en toute simplicité, Florent Faivre, Directeur de Dépanordi, à Bordeaux :

« Les banques bordelaises sont elles toujours au service des entrepreneurs?
Et bien… Non! L’ont-elles déjà vraiment été? C’est une autre question…
Voici quelques exemples depuis que je suis entrepreneur à Bordeaux.

Besoin de trésorerie sur une très courte durée:
Un de mes clients me passe commande de plusieurs ordinateurs de la célèbre marque à la pomme. Cette marque ne facilite pas l’achat par les petites entreprises car elle exige un paiement d’avance. Ma trésorerie du moment ne me permet pas la commande. J’appelle donc mon conseiller financier lui demandant quelle solution de financement il peut me proposer rapidement et sur du très court terme (dix jours maximum, car mon client me paye à la livraison). Pas de réponse à mes deux premiers appels, ni à deux mails. Finalement j’arrive à le joindre. Il me promet une réponse sous deux jours. Trois jours après, sans nouvelles, je le relance : « Vous savez on n’est pas là pour vous prêter de l’argent »… Pour la petite histoire, mon client a accepté de payer sa commande d’avance.

Financement d’un véhicule de société

J’ai besoin d’un véhicule de société. Je le trouve chez un concessionnaire. J’envoie l’offre à mon conseiller financier qui me dit que cela ne va pas être possible: « Vous n’avez pas fait de bénéfices l’an dernier, ça ne va pas passer » (pour information, je n’ai pas eu de pertes non plus).
Quand même Monsieur le banquier, le concessionnaire automobile propose de me financer, et vous « Ma » banque vous refusez?
« Ah. Bon je vais voir ». Il va voir, et bizarrement il accepte de me financer. Et jusqu’à aujourd’hui je n’ai manqué aucun remboursement.

Problème de plafond de carte bancaire

Dans l’informatique j’ai souvent besoin de commander des produits pour mes clients sur internet.
Évidemment ma CB a un plafond que j’atteins régulièrement. M’empêchant de commander quand j’en ai besoin. Quand c’est en journée, je peux m’en sortir en appelant mon conseiller qui arrive parfois (pas toujours) à augmenter mon plafond de manière exceptionnelle. Mais quand je veux passer les commandes après 17 h, ou le soir ou le week-end ? Personne pour m’aider. Je demande donc à mon conseiller de me trouver une solution durable. Plus de 6 mois et plusieurs relances pour me voir proposer une seconde carte bancaire. L’autre solution: prendre une carte haut de gamme avec un montant de cotisation exorbitant.

Financement

Je souhaite examiner la possibilité d’un financement pour deux projets [porteurs de croissance pour l’entreprise – ndlr]:
– Ré-agencer mon magasin
– Racheter le portefeuille clients d’une autre entreprise
La réponse : « Votre dernier exercice n’est pas positif, donc on verra l’an prochain si vous faites mieux ».

Voilà quelques exemples… »

Ce témoignage est loin d’être un cas isolé et peut s’expliquer par la grande prudence dont font preuve les banques, lesquelles, dans le cadre de leur développement, semblent se tourner vers la diversification de services annexes (mobile, télésurveillance…), avec un risque financier a priori plus faible que le financement des entreprises.  Par réaction, ou bien par conviction,  de nombreux chefs d’entreprises ont fait le choix de se tourner vers des sources de financement alternatifs, qui créent autant de nouvelles possibilités de diversification d’investissement.

Les modes d’investissement alternatifs en plein essor

 

Le principal service que le chef d’entreprise demande à sa banque, c’est le rôle traditionnel du financement. Un sujet sensible, qu’il faut replacer dans son contexte, comme nous l’explique Marcel Castège, ancien cadre du Crédit Agricole Pyrénées-Gascogne et Dirigeant de la société Crédit Epargne.

« Il est important de comprendre  « comment ça marche  » afin de  négocier avec ses banquiers. L’essentiel de ma carrière s’est déroulée au sein d’une banque, principalement dans les  financements aux particuliers, TPE/PME/PMI, commerçants, artisans, avec une importante délégation de décisions sur l’octroi de crédits.  J’ai également managé au sein de cette Banque, une agence de recouvrement amiable (hors procédure judiciaire) auprès des entreprises qui connaissaient des difficultés pour rembourser leurs crédits.

 

Quelques rappels : 

  • Une banque n’est pas un  organisme public, donc elle n’a pas obligation de vous accorder un crédit, contrairement par exemple à la Sécurité Sociale qui ne peut refuser un remboursement de soins respectant la réglementation.
  • Une banque est une entreprise privée, avec des produits, des charges, un résultat et des objectifs financiers annuels à atteindre.
  • La banque emprunte elle-même la majorité de l’argent qu’elle vous prête sous forme de crédits. Elle emprunte auprès des épargnants, de différents marchés. Donc elle doit elle aussi rembourser ses prêteurs. Cela explique la prudence  dont elles  font preuve avant de prêter, les business plans, les garanties demandées etc…En effet, si un pourcentage conséquent d’emprunteurs ne remboursent pas leurs crédits, la banque peut elle-même se trouver en difficulté. Cela explique également ces réglementations Bâle II et III,et autres, dont vous avez peut être entendus parler.

Les banques ont  trois principales sources de revenus :

  • Les crédits et l’épargne, qui étaient leurs seules sources de revenus il y a encore une trentaine d’année. 
  • La facturation des services et des dysfonctionnements bancaires
  • Les services annexes et les diversifications au sens large : assurances , téléphone, voiture, l’immobilier etc.

Le crédit présente deux inconvénients majeurs pour le banquier : le risque de ne pas être remboursé  et le risque de taux (à ce jour, pour un prêt habitat à 1,50% taux fixe, si dans 10 ans les taux sont à 5%, le taux du client reste à 1,50%, cela se gère mais c’est compliqué et coûte cher).

Le banquier est un commerçant. Contrairement à la majorité des commerçants qui sont payés « cash », il n’est payé en totalité qu’au bout de 5, 7,15 voire 25 ans pour certains crédits habitats. Avec les risques liés au temps : apparition de nouveaux concurrents, de nouveau concepts, accidents personnels /de la vie (séparation, etc.).

Cela peut expliquer leur diversification dans la vente de multiples produits et services moins compliqués à gérer. L’octroi de crédit est indispensable, mais en faisant preuve de discernement et de prudence.

Trois conséquences pour l’entrepreneur emprunteur

Savoir présenter son projet

De grâce, évitez de présenter des business plans de 30 pages, les conseillers commerciaux qui ont des objectifs de production, ne vont pas les lire. Par contre trois points incontournables : le produit, le marché et  les hommes. Le tout dans un langage compréhensible.

Savoir négocier

Par une négociation on atteint un résultat acceptable pour les deux parties. Sinon, il y a frustration. Que vous,  emprunteur  soyez en position de force vu la qualité de votre dossier, ou de faiblesse, il faut se fixer des objectifs à atteindre avec des limites au-delà desquelles vous ne pouvez pas aller.

Le tout avec des arguments rationnels, car la finance ce n’est pas de la poésie.

Faire jouer la concurrence

Car les produits proposés peuvent être différents, les conditions proposées peuvent être différentes (accord crédits, montant crédits, montant apport demandé, durée, garanties, taux, souplesse utilisation, conseils etc…).

Au-delà, des banques peuvent être réticentes à financer certaines activités, d’autres ont un profil risque élevé, donc elles vont exiger des garanties plus élevés que leurs confrères. A contrario, il peut y avoir des opportunités avec des conditions « canon » temporaires, car on n’attire pas les mouches avec du vinaigre : banques  qui décident  de pénétrer certains marchés, de financer en priorité certaines activités, qui sont en retard dans leurs objectifs etc…. »

En marge des critères de financement des banques, d’autres modes de financement mettent en avant leur agilité et leur simplicité, afin de permettre aux chefs d’entreprises d’éviter de perdre un temps précieux en recherche. La France est le premier marché européen des financements alternatifs: les Business Angels, les fonds d’investissement d’entreprises- de plus en plus les grandes entreprises lancent des fonds d’investissement dédiés aux PME et starts-up;  et même le financement public (l’Etat soutient le financement des entreprises notamment via BPI France – voir plus bas).

Le financement participatif d’entreprises est ainsi en plein essor. A contrario des  plateformes de crowdfunding généralistes, il sert à « connecter » directement les investisseurs privés et les entreprises emprunteuses, sans intermédiation bancaire. En France, on peut relever les plateformes Lendix, Wiseed ou encore Bolden.

La Région Nouvelle-Aquitaine a bien compris l’intérêt des modes de financements (et donc d’investissements) alternatifs pour faire grandir les PME locales et participe à la mise en oeuvre de forums dédiés, tel qu’Innovaday, qui a eu lieu de 9 juin dernier, sous l’égide de Bordeaux Unitec et de l’Agence de Développement et d’Innovation Aquitaine Limousin Poitou-Charentes.

La CCI de Bordeaux a lancé sa propre plateforme dédiée au financement participatif, intitulée Bordeaux Gironde Funding, avec comme partenaires publics Bordeaux Métropole, le département de la Gironde,  et privés Bulb in Town,  Lendopolis ou encore Happy Capital« Sur Bordeaux Gironde Funding, nous accueillons les dossiers de tout type : du commerçant qui veut financer l’agrandissement de sa vitrine au dirigeant d’une PME qui veut élargir sa gamme ou se développer » – François PERRIN, en charge du dossier.

Sur la scène bordelaise, Le Bac à Sable, ONA ou encore VITIROVER ont pu être boostés par la plateforme. Preuve que ces nouvelles sources de financement fonctionnent et peuvent être des solutions alternatives crédibles aux besoins de financement des entreprises, notamment d’un point de vue local.

L’essor des FinTech face au besoin de proximité de l’entrepreneur

En complément des modes alternatifs de financement, les dernières années ont vu l’émergence de sociétés innovantes de le secteur de la finance, dont l’objectif principal est de repenser  les services bancaires traditionnels grâce à la technologie, tout en apportant une réponse adaptée aux entrepreneurs dans leur gestion financière, là où les banques traditionnelles semblent être en défaut : procédures d’octroi de financement plus rapides, sites web et applications modernes aux multiples fonctionnalités, transparence sur les coûts, réduction drastiques des budgets de fonctionnement des comptes bancaires…

Les FinTech assument ainsi leur ambition d’être les instigateurs de la révolution du secteur financier. Elles mettent en avant un service amélioré grâce à une disponibilité accrue, une utilisation plus simple, une expérience de qualité et des tarifs attractifs afin de séduire les chefs d’entreprises.

La ville de Bordeaux se positionne en acteur important dans la démocratisation et l’exploration des Fintechs avec Bordeaux FinTech, l’événement FinTech français. Après une première édition réussie en 2015 , Bordeaux FinTech 2016 a accueilli près de 500 participants et une cinquantaine de FinTech. L’événement s’adresse aux Membres de la FinTech francaise ou internationale permettant des échanges nourris entre ses différents membres et de faire un point sur l’état d’avancement des sociétés ou projets, à l’univers de la Finance, Banque, Assureurs, Conseils en Gestion de Patrimoine et aux investisseurs en capital, Incubateurs, accélérateurs, … à la recherche de projets innovants à accompagner à moyen ou long terme.

Après deux éditions l’engouement n’est plus à démontrer et il place Bordeaux comme la capitale française du secteur. Une bonne initiative pour créer des échanges, structurer le marché et se faire un nom dans le monde de la Fintech. Même si il s’agit plus pour l’instant, d’un phénomène étrange à observer, que de la réalité d’un marché, ces entreprises peuvent apporter aux TPE/PME des services à valeurs ajoutée qui correspondent à leurs besoins dans de nombreux domaines. Il existe par exemple des solutions de paiement par carte bancaire simple, facile à gérer seul et beaucoup plus abordable que d’investir dans un terminal de paiement via une offre bancaire : si le commerçant n’encaisse pas de règlement par carte, il ne paie rien. D’autres comme Aston Itrade permettent aux entreprises d’optimiser leur trésorerie grâce à différents leviers.

Services gadgets ou réelle valeur ajoutée, les services bancaires et financiers « alternatifs » commencent tout doucement à s’installer dans le paysage. Sans pour autant remettre en question le rôle des banques traditionnelles. Il y a plutôt aujourd’hui, selon BPI France, un panel de modes de financement au service des entreprises. Entretien Bordeaux Business avec Bruno HEUCLIN, Directeur régional Nouvelle Aquitaine BPI France, et Philippe BOURDIER, Délégué Innovation, Réseau Ouest, Nouvelle-Aquitaine BPI France :

« Aujourd’hui, BPI France, notamment en Nouvelle-Aquitaine, est un assez bon indicateur, à spectre large, des marchés. L’offre de financement et d’accompagnement couvre très bien les besoins des entreprises matures, structurées. Quand le projet à financer est adapté à sa taille et à son évolution, il n’y a pas de problématique majeure. Au contraire, on assiste plutôt à une surabondance d’offre pour les financements de moyen et de haut de bilan.

Beaucoup d’entreprises ont ainsi une bonne capacité à anticiper, à s’inscrire dans le futur. Il s’agit notamment des start-up à contenu technologique, des start-up à proposition de services dans l’économie digitale notamment, et également les entreprises de services à la personne, les commerces.

Sur la Nouvelle-Aquitaine, le sentiment général du point de vue de BPI France est une bonne organisation, un bon maillage de l’offre de financement, notamment au regard de la Région. Le réseau d’accompagnement de projets et bien fait, et quand les dossiers arrivent sur le bureau des banques, ils sont bien préparés. La CCI de Bordeaux, le Conseil régional, l’Agence forment ainsi un pôle de compétitivité efficace. Un bon projet, bien présenté, trouvera ainsi toujours des solutions, des financements.

BPI France s’est notamment forgé une expertise reconnue dans l’accompagnement au financement des JEI (Jeunes entreprises innovantes). Un tour de table en amont mixant les possibilités de financement (« love money », fonds propres, BPI, région…) aboutit le plus souvent favorablement.

Pour autant, il y a une telle explosion en face des entreprises que toutes n’ont pas une “bonne vision du marché” ni une bonne compréhension des délais nécessaires au financement. Du côté de BPI, les délais ont été réduits significativement sur les trois dernières années. De nombreuses levées de fond permettent une dynamique positive, avec, en complément, des modes alternatifs de financement qui trouvent leur place (laquelle reste toutefois marginale).

BPI France est aujourd’hui en mesure de proposer une “boîte à outils de financement” aux chefs d’entreprise. Pour ce qui est des entreprises en difficultés, le souci est que souvent, les demandes se font quand le plan initial n’a pas été respecté, ni expliqué aux partenaires financiers. Le chef d’entreprise tarde ainsi à réagir, et ne sollicite les instances en amont et le Tribunal de commerce que lorsque la situation est dégradée. En outre, dans ces cas-là, les problématiques financières cachent bien souvent d’autres dysfonctionnement, liés à des difficultés sociales, des désaccords entre associés, etc. L’accompagnement financier n’est donc pas une solution.

Globalement, les activités de BPI France sont en hausse, avec une évolution des produits vers la sphère immatérielle (accès au marché national, accès au marché international également). Le financement des dépenses pour améliorer la compétitivité des entreprises ou de la formation des équipes est bien pris en charge.

Bordeaux est en train de devenir une grande place financière, où, même si ce n’est pas le “grand amour” entre les banques et les entrepreneurs, ils se remettent à communiquer ensemble grâce au numérique. il ne faut donc pas voir “le verre à moitié rempli”. Le taux de réponse est plutôt positif, avec une appréciation neutre et objective du projet.

BPI France assied dans cet environnement favorable son positionnement en tant qu’acteur permettant des effets de levier. Un rôle quasiment de “label” sur la validation du projet. Les services se sont positionnés également il y a trois ans pour le soutien à l’international; une structuration encore assez récente. Une recommandation pour les entrepreneurs en quête de financement ? Ne pas hésiter à “ouvrir le capital plutôt que de s’endetter”.

Avancées technologiques, rapidité de service, « réinvention » du secteur bancaire… Et si, finalement, face à l’essor des Fintechs, le « salut » des banques, sur le secteur des TPE/PME et de l’entrepreneuriat ne se jouait pas sur davantage de proximité et de relation humaine, grâce à une implication locale renforcée.

 

 La banque et l’entreprenariat, un modèle à réinventer en local

 

Selon le sondage Syntec Numérique Odoxa, plus de 4 français sur 10 sont prêts à adopter des services financiers alternatifs, l’idée de pouvoir disposer de ses factures ou encore de ses tickets de carte bleue dans une seule et même application séduit en effet 49 % des Français et ils sont 40 % à y voir un gain de temps considérable

Seulement encore 58 % d’entre eux ont besoin d’être rassurés sur les capacités de ce type de technologies à garantir une sécurité et une confidentialité des données, 39 % appréhendent de s’en remettre à une petite structure qui pourrait disparaître sur le long terme (l’exemple Morning), et enfin plus surprenant : 57 % font part de leurs crainte de voir disparaître le contact humain. Attachés à leur guichet et la possibilité de rencontrer leur banquier, ils craignent des réponses automatisées et donc une approche moins personnalisée, importante au yeux des entrepreneurs et des chefs d’entreprises. Une aubaine pour les banques traditionnelles, qui peuvent écouter les nouveaux besoins de leurs clients tout en bénéficiant de cette recherche de proximité.

Pour se tenir au plus près des innovations et des dernières avancées dans le secteur, la plupart des banques commencent ainsi à mettre en place des dispositifs de veille de l’écosystème local.

Ainsi Crédit Mutuel Arkea (Crédit mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central) mise sur un rôle d’animateur de l’écosystème start-up avec la mise en place de partenariats et en étant au plus près de l’écosystème local en multipliant les initiatives et en créant par exemple des liens avec les start-up de la French Tech.

La création d’espaces de co-working et de centres d’innovation est ainsi de plus en plus fréquente au sein des banques. A Bordeaux, le Crédit Agricole d’Aquitaine a ainsi ouvert cours du XXX juillet “Le Village” qui accueille à ce jour une douzaine de start-ups.  Cette configuration inédite doit faire émerger un écosystème dynamique et créateur de valeurs.

C’est également l’occasion pour certains acteurs bancaires de repenser totalement leur approche client dédiée aux professionnels. Bordeaux Business s’est entretenu avec la Société Générale, laquelle met en oeuvre une politique de transformation digitale et locale, « Ambition 2020 » :

« Aujourd’hui, consciente des exigences des professionnels, la Société Générale a entamé de grandes mutations vers une proximité renforcée, une réactivité certaine et un souci du service client dédiée aux professionnels, notamment auprès des TPE et des PME.  Une position assumée de consolidation et de développement du marché des professionnels, lequel représente aujourd’hui près de 20% des revenus de la banque de détail en France.

Simplification des échanges et des procédures, soutien au développement des entreprises, intégration digitale renforcée… Voici quelques uns des axes abordés pour répondre aux attentes actuelles vis-à-vis de leur banque.

Impliqués dans l’économie locale, qu’ils dynamisent, les chefs d’entreprise souhaitent plus d’expertise et d’autonomie, tout en pouvant disposer d’un contact direct de proximité si nécessaire. Selon Laurent Goutard, Directeur de la Banque de Détail Société Générale en France, « Afin de toujours mieux répondre aux besoins des professionnels, notre dispositif commercial évolue vers plus de proximité et d’expertise ». En un minimum de temps : le compte Twitter Société générale @sg_etvous s’engage ainsi à une réponse en moins de 30 mn.

A cette fin, plus d’une centaine  d’« espaces PRO » sont en cours de création sur tout le territoire avec des conseillers dédiés, accompagnés de plus de 625 Espaces libre services avec des horaires élargis.

Au-delà de la seule proximité, les conseillers professionnels sont en train de se spécialiser et de développer leurs compétences, notamment auprès des professions libérales. Les services bancaires évoluent avec une gamme étendue de services web et mobile : crédit en ligne, TPE mobile, Paylib, paiement sans contact, offre e-commerce… et de gestion de banque à distance (Progeliance Net et Appli Pro).

C’est également un engagement de la Société générale auprès de ceux qui font l’économie locale, grâce à un partenariat avec Bulb in Town , plateforme de financement participatif avec la volonté commune de favoriser l’émergence de nouveaux projets, d’accompagner l’innovation et d’encourager l’entrepreneuriat en région.

A noter enfin, une initiative qui prend en considération les nouveaux modes de travail des indépendants et des professionnels avec les bureaux itinérants. Depuis quelques semaines, la Société Générale Grand Sud-Ouest a lancé un programme pilote sur la région bordelaise : il s’agit, en partenariat avec 

base10, une application de partage d’espaces de travail, de permettre à tous d’utiliser les espaces libres des agences et directions commerciales de la Société générale. D’après Jean-Yves Dupuy, Délégué Général Grand Sud-Ouest de Société Générale  : «Accompagner les entrepreneurs, innover est dans l’ADN de Société Générale depuis plus de 150 ans.  Désormais certaines de nos agences bancaires deviennent de véritables espaces collaboratifs ouverts à tous, conviviaux ». Accessibles à la demi-journée, ces espaces de travail disposent d’une tarification unique : le bureau à 15,00 €ht et la salle de réunion à 3,00 €ht par place possible.

Selon Vincent Panier, Président de base10,  « cette initiative rejoint totalement nos valeurs. Notre application entend en effet placer l’humain au cœur de son modèle. Cette démarche avant-gardiste pour le secteur va contribuer à donner une nouvelle impulsion à ces lieux, et, finalement, les inscrire différemment dans le paysage urbain ». Avec une bonne action en prime, puisque les fonds récoltés dans ce cadre sont reversés à l’association Les Apprentis d’Auteuil de Bordeaux. »

 

Pour les banques, l’enjeu réside ainsi dans leurs capacités à mettre en avant le contact physique via les agences de proximités combiné à une digitalisation en lien avec cette proximité dans l’objectif global d’enrichissement et d’amélioration de l’expérience client. Cependant, elles demeurent (encore) les acteurs incontournables pour les services de paiement, de crédit ou encore de l’investissement grâce à la solidité de leur infrastructure et leurs liens avec l’ensemble des composants de l’écosystème financier.

Au final, la transformation digitale, les nouveaux modes de financement, sans anéantir le système actuel,  devraient avoir le même effet que dans les autres secteurs économiques : une redistribution des cartes, un assainissement du marché, des perdants, et des gagnants. Gageons que les chefs d’entreprise sauront tirer partie de cette évolution.