Les Business Angels à l’assaut de l’économie du sport

Les Business Angels à l’assaut de l’économie du sport

Les business angels sont des acteurs majeurs du monde de l’entreprise dans la mesure où ils investissent leur patrimoine financier dans le développement de start-up innovantes. La France compte ainsi 82 réseaux de business angels, là où il y a une dizaine d’années ils étaient encore inconnus. Un des secteurs particulièrement concernés par le phénomène des business angels est celui du sport. En effet, l’attractivité de l’entrepreneuriat sportif est visible avec la multiplication des investissements dans le sport. De son côté, le  poids économique du sport représentait 1,74 % du PIB français en 2012 faisant du marché français du sport le troisième marché en valeur au sein de l’Union européenne. Le sport n’est pas qu’un loisir, il se professionnalise. En effet, le sport intègre de plus en plus la sphère professionnelle. Plusieurs raisons à cela, à la fois de façon conjoncturelle avec la baisse de subventions publiques mais également de façon plus structurelle avec la professionnalisation croissante de clubs sportifs.  Et pour parler du sport dans l’entreprise qui de mieux que des anciens sportifs de haut niveau pour appréhender toutes les opportunités de l’économie du sport.

 

Business angels sportifs, entrepreneurs d’un nouveau genre ?

 

Le marché du sport business connaît un regain d’intérêt de la part des fonds d’investissement traditionnels, à l’image du rachat récent du club de football des Girondins de Bordeaux par le fond d’investissement américain General American Capital Partners (GACP). Ainsi, le marché du sport croît de 3% par an depuis 5 ans  et comprend environ 35 000 entreprises. Cependant ce marché est en pleine mutation et fait face à de nouveaux entrants dans la mesure où d’anciens sportifs se convertissent en business angels en investissant dans les start-ups du sport.

Au-delà de la sponsorisation et de l’association d’image, ces business angels d’un nouveau genre bénéficient d’une légitimité acquise dans le secteur du sport. Il s’agit alors, de leur part, d’un véritable investissement dans le savoir-faire, la marque, le développement des start-up qui font le choix d’un business angel plutôt qu’un fond d’investissement traditionnel. S’il n’est pas nouveau que d’anciens sportifs de haut niveau investissent leur patrimoine financier dans leur après-carrière, on assiste cependant à un changement de cap dans leurs décisions d’investissements. Ils délaissent peu à peu les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration où la rentabilité et l’image de marque se ternissent pour privilégier des start-up du sport où ils peuvent apporter une valorisation et une crédibilité aux projets. Ce souci d’apporter leurs compétences de sportifs de haut niveau est tout à fait cohérent avec les caractéristiques du marché économique du sport, connu pour sa résilience y compris en période de crise. Les business angels en général ne s’adressent qu’à des entreprises innovantes. Ils investissent généralement dans des secteurs d’activité liés à leur vécu professionnel ce qui est le cas avec les business angels anciennement sportifs de haut niveau.

 

Une démarche entrepreneuriale originale

 

En dehors de l’aspect capitalistique de posséder une partie de ces entreprises et celui de recevoir des dividendes (rentabilité économique), ces sportifs pourraient jouer un rôle particulièrement bénéfique sur la promotion marketing et commerciale des produits de « leurs » entreprises, et donc sur la réussite commerciale de ces projets par nature risqués. C’est le cas notamment pour la start-up landaise Move your Buddy qui booste la convivialité au bureau et fédère les équipes autour de leurs centres d’intérêt (sportifs et culturels) grâce à un algorithme de recommandation. Pour Guillaume Quaetaers, co-fondateur de Move Your Buddy, cela relevait d’un véritable choix entrepreneurial de privilégier en 2018 une levée de fonds de business angels parmi lesquels figurent Nathalie Dechy, ancienne joueuse de tennis professionnel et Christophe Chenut, administrateur du Stade Rennais Football Club, à hauteur de 400 000 euros.

Pourtant, persuader un business angel sportif de la pertinence de son projet n’est pas chose aisée. Ainsi seulement 6% des start-up à la recherche de financement perçoivent des fonds de la part de ces business angels. Au- delà du statut de business angel que certains anciens sportifs de haut niveau acquièrent, certains n’hésitent pas à se lancer dans l’entrepreneuriat pour leur poursuite de carrière. C’est notamment le cas avec l’ancien cycliste Erwann Menthéour qui a l’âge de 40 ans a lancé sa start-up Fitnext qui propose des programmes e-santé pour lutter contre les dangers du dopage dans le sport de haut niveau.  Il a opéré une levée de 750.000 euros en 2013 pour son démarrage et enregistrait en 2017 un chiffre d’affaires supérieur à 3 millions d’euros.

Si les business angels sont avant tout des investisseurs qui prennent des risques, un engagement sociétal cohérent avec les valeurs du fond et le parcours du dirigeant sont essentiels. Le partenariat entre l’association Sport dans la ville et l’EM Lyon Business School s’inscrit dans cette perspective. Leur programme conjoint “entrepreneurs dans la ville” cherche à stimuler la création d’entreprises dans les zones urbaines en difficulté en pensant le sport comme facteur d’intégration.  

 

Le sport au travail, une tendance fulgurante qui booste la création d’entreprise

 

Près de 2 000 sociétés et 40 000 salariés composent aujourd’hui la Fédération Française du Sport d’Entreprise (FFSE), symbole de l’attractivité du sport au travail.  Dans cette perspective entrepreneuriale et de boom du sport au travail, David Douillet, judoka français et ancien  ministre des sports a participé à lancer un fond d’investissement Link Sport. Le fond s’intéresse notamment au cyclisme (équipement, vélos à assistance électrique), à la course à pied, à la nutrition et à l’e-sport. Que ce soit par le biais de fonds d’investissement ou bien de création d’entreprise, les business angels issus du monde sportif ont bien perçu le potentiel de rentabilité de ce marché qui représente 37 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 2%  du PIB français en 2018 selon David Douillet. Sans compter les 17 millions de français licenciés d’un club sportif et les 5 millions de bénévoles qui s’investissent chaque jour dans ce secteur.

L’économie du sport bénéficie également du fait que le sport est décrit comme un facteur d’amélioration des performances au sein de l’entreprise. C’est de cette perspective que découle l’initiative du Medef Gironde intitulée “ mon entreprise bouge”, partant du constat que l’impact du sport en entreprise est non seulement bénéfique pour le bien-être au travail des collaborateurs mais également sur les résultats de l’activité de l’entreprise. France Olympique a mené en partenariat avec Medef Gironde une commande d’étude sur le sport au travail réalisée par GoodWill-Management à partir de deux variables essentielles : le bien être des salariés et la compétitivité de l’entreprise. Les résultats de l’étude sont encourageants : pour le salarié cela constitue  entre 5 et 7% d’économies sur ses dépenses de santé annuelles et 3 ans d’espérance de vie gagnées. Pour l’entreprise, cela signifie un gain de 6 à 9% de la productivité et de 1 à 14% de la rentabilité nette.

 

 

Avec la tenue des Jeux Olympiques d’été de 2024, de la Coupe du Monde de rugby en 2023 et de la dynamique de l’économie du sport,  nul doute que la croissance du phénomène des business angels dans le secteur sportif continuera à s’accentuer dans les années à venir.

Cependant, comme le souligne Hélène Perrin Boulonne, docteure en sciences économiques et chef d’entreprise, il ne faut pas succomber trop rapidement au mythe des business angels : la France n’est pas la Silicon Valley, les réalités économiques et la culture du risque sont différentes. Enfin, il faut veiller à faire coïncider sa méthode de financement avec la phase de développement de l’entreprise. Les business angels sont surtout adaptés au cycle de vie de création de l’entreprise ou à leur perspective de développement mais n’ont pas vocation à être des partenaires investis personnellement tout au long de la vie de l’entreprise.

 

Candice Cibois – Justine Angibaud – BORDEAUX Business

 

Contact:

contact@moveyourbuddy.io

Move Your Buddy 

http://www.franceangels.org/fr

http://www.sports.gouv.fr

Capital avec Management – Entrepreneurs et Business Angels – Laura MAKARY (25/10/2018)

Idéal Investisseurs – 123IM lance le FPCI LinkSport, fonds d’investissements liés au sport – C. COURVOISIER (11/11/2018)

http://www.dynamique-mag.com/article/sport-entreprise-systeme-gagnant-gagnant.10786

CNOSF France Olympique – Etude sur le sport en entreprise

Rapport “ENTREPRISES DU SPORT : QUELLES SYNERGIES AVEC LES TERRITOIRES ET LES ACTEURS SPORTIFS ?”, Olbia Conseil, 2017

Lettre de prospective, “Mythes et réalités des business angels”, CCI Paris, Hélène Perrin Boulonne, n°28, février 2011

 

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