L’offre et la demande d’emploi, un désamour qui se creuse

Une femme travaille en freelance

L’offre et la demande d’emploi, un désamour qui se creuse

Grand Dossier – PARTIE 1

 

Au départ, il s’agissait de liberté, de flexibilité, d’indépendance, de temps de travail choisi. Le mouvement freelance s’amplifiait en France, les coworkings se multipliaient (et se multiplient toujours) à Bordeaux.  La “Génération Deliveroo” semble cependant d’ores et déjà goûter les fruits amers de sa liberté imposée.

 

En cause, un marché de l’emploi partiellement en berne, une inadéquation entre l’offre et la demande, et un effet d’aubaine pour certains (grands) employeurs, vers l’abandon du sacro-saint CDI au profit d’une main-d’oeuvre renouvelable, peu onéreuse, et moins “risquée”, tout cela sans “délocalisation”… Autant d’éléments qui redistribuent les cartes tout en rendant les règles du jeu incertaines.

 

I – L’offre et la demande d’emploi, un désamour qui se creuse

 

Vers un changement de paradigme du monde de l’emploi

 

Sur le plan national, le marché de l’emploi peut sembler intrigant… En effet, le baromètre Qapa de l’emploi 2017-2018, met en lumière une tendance croissante à une certaine inadéquation entre l’offre et la demande. Au regard par exemple du type de contrat, là où de nombreux employeurs cherchent avant tout à fidéliser et stabiliser leur personnel, les candidats ne sont plus, semble-t’il, en quête du fameux sésame CDI et ne souhaitent pas forcément s’engager sur le long terme auprès d’un employeur.

 

A l’inverse, les candidats se présentent le plus souvent avec un niveau de diplôme a minima supérieur au Bac, quand pour la majorité des postes proposés les recruteurs n’en font pas souvent cas. Récemment, le rapport à l’emploi a en effet progressivement évolué, avec une demande de CDI passée de 34% à 21%. Dans le même temps, l’offre diminue également légèrement sur ce type de contrat, au profit de l’intérim et des contrats saisonniers. Incertitudes sur la conjoncture économique, frilosité de l’engagement ou bien encore amorçage d’une réelle évolution sociologique dans le rapport à l’emploi ?

 

=> infographie avec chiffres

 

L’intérim se stabilise, les contrats saisonniers explosent et les CDI et CDD chutent  

En seulement un an, les candidats ont radicalement changé leur recherche d’emploi. En effet, les demandes de CDI sont passées de 34% à seulement 21%. Même constat pour les CDD qui chutent de 33% en 2017 à 29% en 2018. En revanche, l’intérim est demandé aujourd’hui par 31% des candidats et reste pratiquement au même niveau que 2017 (32%). Ce sont les emplois saisonniers qui explosent et passent de 1% à 19%.

Pour les recruteurs, les propositions de CDI et de CDD sont également en baisse et passent respectivement de 58% en 2017 à 52% en 2018, et de 29% à 13%. L’intérim quant à lui augmente considérablement de 10% en 2017 à plus de 33% en 2018, alors que les postes de saisonniers stagnent à 2%.

Evolution des types de contrats demandés et proposés
Types de contratsDemandés par les candidatsProposés par les recruteurs
2017201820172018
CDI34%21%58%52%
CDD33%29%29%13%
Intérim32%31%10%33%
Saisonnier1%19%3%2%

 

 

Evolution des types de contrats

 

2e mini infographie :

 

Quels secteurs recrutent le plus ?

En octobre 2018, c’est le secteur tertiaire qui arrive en tête des secteurs qui recrutent le plus avec plus de 17% d’offres d’emploi et prend ainsi la première place qui était détenue en 2017 par l’Hôtellerie et restauration à 14%. Le secteur de l’industrie reste à la deuxième place avec 11% (8% en 2017). Position qu’il partage en 2018 avec le BTP.

Lien officiel : www.qapa.fr

Les secteurs qui recrutent en 2018

L’ère du temps de travail choisi

 

C’est une lente évolution, qui pourtant ne semble pas avoir été anticipée, qui met en lumière l’inadéquation grandissante entre les recherches des candidats et les propositions des employeurs. En effet, dès 2008, les aspirations des Français quant au temps libre ont commencé à s’accroître. Il s’agit cependant d’évolutions sociologiques amorcées dans les années 30, au regard notamment de la liberté individuelle liée à l’automobile, ayant progressivement changé notre relation au temps et aux distances.

 

Depuis les révolutions industrielles du 18e siècle, le rapport au travail n’a cessé de s’appuyer sur une meilleure productivité, sur la recherche du gain de temps; une évolution accrue à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec un progrès technique permettant d’accroître de manière exponentielle la capacité de production. Cela s’est accompagné d’une certaine libéralisation du temps, pouvant être consacré en partie à la consommation et aux loisirs.

 

En conséquence, il est frappant de noter qu’au début du 19e siècle, le temps de travail annuel était de 3041 heures par actif (en 1831), contre 1631 heures au début des années 90. Ce temps gagné, au-delà du temps de loisirs des congés payés, est autant de temps libre à mettre à profit, individuellement.

 

Les travailleurs d’aujourd’hui, et notamment la génération 25-35 ans peuvent se retrouver dans une logique de “nomadisme”,  “d’expérience”, avec une volonté de liberté de choix, d’être toujours “sur la route”, d’après François de SINGLY.

 

Le temps de travail des français

 

Selon une étude du CREDOC, “Conditions de vie et aspirations”, les actifs recherchent certes un meilleur pouvoir d’achat mai sont surtout préoccupés par le fait de disposer de suffisamment de temps libre pour eux-mêmes, leur famille, leurs enfants… Cela est dû d’une part à une évolution sociologique, mais également aux conséquences des évolutions économiques. En effet, comme l’indique P. CINGOLANI, « la flexibilité du travail n’ayant cessé de se développer depuis le début des années 80, nombreux sont les métiers aujourd’hui dans lesquels les jeunes n’ont pas d’autre choix que d’être mobiles ». La première intention est donc de changer sans cesse, jusqu’à la lassitude.

 

En écho, si le CDI est toujours majoritairement représenté au sein des contrats de travail, les entreprises recourent de plus en plus au CDD, sans complexe, afin de limiter le risque en cas de ralentissement d’activité, de se donner le temps d’évaluer les compétences de la personne recrutée, mais également de s’exonérer des contraintes liés au CDI.

 

A l’inverse, la Nouvelle-Aquitaine fait figure d’exception, puisqu’en 2018, les propositions de CDI sur la Région ont augmenté de 31%, avec plus de 71% des offres d’emploi proposées sur ce type de contrat. Une situation qui s’explique notamment par l’installation de nombreux sièges régionaux d’entreprises à portée nationale voire internationale.

 

Pour autant, il s’agit d’une situation qui n’a pas forcément vocation à se reproduire dans un contexte national d’un emploi plutôt contracté.

Une femme travaille sur son ordinateur

INFOGRAPHIE

LES PRINCIPALES CONCLUSIONS

  • La région Nouvelle-Aquitaine se place en 3ème position au palmarès des régions françaises avec 528.527 offres d’emploi au cours de l’année 2018,
  • Les 10 villes de la région offrant le plus d’emplois sont

Bordeaux (69.992 offres),

Poitiers (16.640 offres),

Mérignac (16.286 offres),

Limoges (15.684 offres),

Pau (15.276 offres),

La Rochelle (14.541 offres),

Niort (13.689 offres),

Angoulême (10.622 offres),

Agen (9.069 offres) et

Pessac (8.699 offres).

 

  • Les 5 secteurs qui offrent le plus d’emploi sont :
  1. Industrie (15,04 % des offres),
  2. BTP (13,05 % des offres),
  3. Commerce (9,15 % des offres),
  4. Santé (7,97 % des offres),
  5. Restauration (5,28 % des offres).

 

  • L’industrie recherche en priorité des Techniciens de maintenance (salaire médian : 25 000 € bruts),

le BTP des Maçons (20 450 € bruts),

le Commerce des Commerciaux (32 500 € bruts),

la Santé des Infirmiers (22 500 € bruts) et

la Restauration des Serveurs (18 000 € brut

 

Le baromètre 2018 de lemploi en Nouvelle-Aquitaine

 

Sources

Site de Qapa

Rapport Villermé publié en 1840 , repris par Olivier MARCHAND et Claude THELOT (1991), Deux siècles de travail en France, INSEE études, Paris, INSEE, 1991, 204 p

Philippe FORAY, SINGLY François de. Comment aider l’enfant à devenir lui-même ? », Revue française de pédagogie [En ligne], 174 | janvier-mars 2011, mis en ligne le 15 mars 2011, consulté le 06 février 2019

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