Nouvelle-Aquitaine, les déserts financiers en expansion

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Les déserts financiers prennent de l’ampleur sur les territoires en France. Ils constituent donc un défi majeur à relever, auquel s’attaquent le gouvernement et les régions depuis quelques années. En outre, la crise sanitaire met l’accent sur l’enclavement des zones rurales et donc des entreprises dans ces territoires. Pour aider les entreprises à se relever, l’Etat investit 100 milliards d’euros dans le Plan de relance. Toutefois, selon l’Institut Sofos, Think Tank pour la compétitivité de l’économie française, la plupart des bénéfices potentiels du dispositif ne toucheront pas les zones rurales, faute de compétences juridiques, financières et organisationnelles suffisantes. Le Think Tank a donc publié en 2021 une étude sur les déserts financiers, leurs causes et enjeux. Ainsi que des recommandations pour structurer les écosystèmes dans les territoires ruraux.

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Les déserts financiers accentuent la désertification des zones rurales, au profit des grandes métropoles.

Désert financier, un phénomène accentué par le redécoupage des régions en 2016

Que ce soit pour développer une société, créer une entreprise, reprendre une activité, les dirigeants ont besoin de pouvoir s’entourer des professionnels adéquates. Ils cherchent à avoir accès aux ressources financières et aux compétences utiles à leur projet. Ces interlocuteurs peuvent être d’autres entrepreneurs, des fonds de capital-risque, des experts-comptables, des avocats d’affaires, des gestionnaires de patrimoine, des consultants en organisation, des acteurs publics, des centres de formations, des investisseurs… (1) Plus encore, pour faire naître des synergies, l‘ensemble des acteurs doit être organisé en un écosystème structuré et dynamique.

En revanche, ces écosystèmes organisés se trouvent traditionnellement dans les métropoles. Une situation qui s’est encore accentuée avec le redécoupage plus large des régions, intensifiant la centralisation loin des zones rurales. Ainsi, en périphérie, dans les zones rurales, les entreprises se heurtent au faible nombre d’acteurs qualifiés apte à les accompagner pour leur développement, leur financement ou même leurs problématiques courantes.

Il existe trop peu d’acteurs en région capables de prendre des risques aux côtés des acteurs de proximité.

Etude de 2021 de l’Institut Sofos, Think Tank 

Désertification des banques, révélateur d’abandon ?

Dans les faits, dans les territoires, la banque s’avère souvent le seul interlocuteur du chef d’entreprise. Néanmoins, elles-mêmes ferment leurs agences bancaires rurales, privant à nouveau les entreprises d’un contact de proximité. En effet, en 10 ans, les banques ont supprimé 3 500 agences. Cela représente donc environ 10 % des 36 000 agences encore en activité. Pour se rendre compte de la désertification sur le territoire, il est possible de s’appuyer sur la répartition des distributeurs automatiques de billets (DAB) (2). Lesquels sont, par ailleurs, de moins en moins adossés à un guichet avec des conseillers.

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Rapport de la Banque de France, “Accès du public aux espèces en France métropolitaine”, Juin 2019

Ainsi, en Nouvelle-Aquitaine, les département les moins bien lotis sont la Charente (16), la Dordogne (24) et le Lot (46). A l’extrême opposé, seule la Gironde (33) et notamment Bordeaux sont très bien équipés. En revanche, selon Bruno Lemaire, la situation en France est “satisfaisante”. Et la proposition de loi contre la désertification bancaire dans les territoires ruraux n’a pas été retenue par l’Assemblée Nationale.

La répartition des DAB en France fait en outre étrangement échos aux lacunes d’experts pour les entreprises. Elle reflète la carte des déserts financiers.

En dehors de la métropole bordelaise et de quelques zones économiques actives (La Rochelle, Pays Basque-Sud Landes, Agen, Poitiers, Niort, Limoges), le reste de la Nouvelle-Aquitaine fait face à une insuffisance de compétences financières, en ex-région Limousin, Charente, Sud Gironde et Nord des Landes notamment.

Jean-Étienne Palard, maître de conférence et membre du comité scientifique de l’Institut Sofos

L’épargne des ménages peu investie dans le développement économique local

Toutefois, les possibilités de financement sont bien loin de se limiter aux banques. Dans les territoires, l’épargne de la population constitue d’ailleurs un réservoir économique sous-estimés et largement sous-exploité. Selon l’Institut Sofos, les déserts financiers sont aussi la conséquence de “l’incapacité du système financier à orienter l’épargne des ménages vers le financement des entreprises, notamment les PME”.

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Les supports d’épargne et d’investissement des Français sont peu variés et rarement tournées vers les entreprises locales.

Par ailleurs, la crise sanitaire a entraîné une hausse historique des montants de l’épargne en France (3). Ainsi, en moyenne sur l’année 2020, le taux d’épargne des ménages a grimpé de 6,4 points, pour atteindre 21,3 % des revenus en 2020, contre 14,9 % en 2019. D’après les estimations de la Banque de France, l’épargne atteindrait 130 milliards d’euros en 2020. C’est déjà 30 milliards de plus que le budget du Plan de relance du gouvernement. Plus encore, les projections estiment le montant de l’épargne en 2021 à 70 milliards. Soit 200 milliards d’euros en 2 ans.

Pour autant, cette épargne est majoritairement stérile en étant soit bloquée sur un compte courant, soit simplement placée sur un compte épargne au rendement notoirement dérisoire. Quant aux placements dans l’économie réelle, ils ne bénéficient que rarement à l’économie locale et aux développements des entreprises des territoires.

Les épargnants français préfèrent placer leur argent dans l’immobilier ou dans des fonds en euros, car il n’existe pas suffisamment de produits d’épargne locaux.

Etude de l’Institut Sofos

Selon Boursorama, le patrimoine financier des Français se compose d’assurance vie, d’épargne retraite (40 %) et de liquidités (36 % de comptes courants et livrets). Les valeurs mobilières (actions, obligations, etc) représentent 14 % des montants épargnés. Le reste (10 %) est placé en épargne salariale. (4)

La place des activités de financement au cœur des territoires ne peut être revue sans repenser en profondeur l’organisation de l’architecture locale et ses interactions avec le monde social et entrepreneurial. […] Au-delà du goût du risque, il faut réconcilier les épargnants et les entreprises de proximité en faisant de l’entreprise le levier de la croissance territoriale… Attirer les compétences dans les territoires est un autre challenge.

Etude de l’Institut Sofos

Pour l’Institut Sofos, impliquer la population dans le financement des entreprises locales implique avant tout de structurer un réseau d’acteurs capables de collecter et de valoriser l’information sur des projets locaux.

Structurer et valoriser l’écosystème de financement en local pour réduire les déserts financiers

Le manque de fonds bride le développement des PME et des ETI. Elles peinent donc à investir, à recruter, et à rester compétitives sur les marchés internationaux. Pour y remédier, la région Nouvelle-Aquitaine investit dans des dispositifs pour favoriser la création de nouvelles entreprises ; accompagne les PME dans leur changement d’échelle vers les ETI pour leur permettre de s’internationaliser ; aide à la reprise d’entreprise, la transmission, les acquisitions…

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Environ 1800 tiers-lieux pour les entreprises en France et une politique nationale pour les tiers-lieux ruraux pour réduire les déserts financiers.

Dans les zones rurales, pour palier les déserts financiers, le gouvernement et les régions s’engagent pour développer les tiers lieux. La base pour pouvoir animer un réseau et accompagner les entreprises locales. Selon la mission conduite par Patrick Lévy-Waitz dans son rapport “Faire ensemble pour mieux vivre ensemble” de septembre 2018, le nombre de tiers lieux s’élève à 1 800 (1). Ils seraient ainsi un peu plus de 220 en Nouvelle-Aquitaine. Pour booster la création de tiers-lieux ruraux, l’Etat débloque un budget de 15 millions d’euros. A celui-ci s’ajoute le budget pour le Pass numérique, à hauteur de 10 millions d’euros.

Parmi les exemples de structuration à l’échelle locale, on peut citer l’initiative de la Communauté de Communes de la Haute-Saintonge (5). Laquelle cherche à s’impliquer dans le développement économique de son territoire auprès des créateurs ou des entreprises en développement. Pour cela, elle structure son aide autour de 7 axes notables : le conseil pour la création d’entreprises, l’accueil et le suivi du dossier pour l’installation du porteur de projet ; l’aide et conseil aux PME/PMI pour les investissements ou le recrutement ; le montage des dossiers d’aides à l’investissement pour les projets économiques éligible aux aides publiques ; la recherche d’investisseurs et de sources de financement ; la création de 4 pépinière d’entreprises dont trois spécialisées, et de 3 hôtels d’entreprises ; l’organisation et gestion des zones d’activités ; l’animation et mise en réseau des interlocuteurs départementaux, régionaux, nationaux et européens.

Sources

  1. L’État s’engage pour les tiers-lieux dans les territoires, Ministère de la Cohésion des Territoires, juin 2019
  2. État des lieux de l’accès du public aux espèces en France métropolitaine”, Banque de France, juin 2019
  3. Le pouvoir d’achat du RDB des ménages progresse au quatrième trimestre 2020”, Insee, 26 février 2021
  4. Le patrimoine des ménages français, Boursorama, 1er juin 2021
  5. Accompagne Entreprendre et Réussir, Haute Saintonge
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