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Portrait : Franck JOUANNY et Nicolas VANDROY, Le Marco Polo

Franck JOUANNY est le directeur général de Navires & Châteaux, la SAS propriétaire du Marco Polo, bateau de tourisme amarré dans le Port de la Lune à Bordeaux. Avec Nicolas VANDROY notamment, l’un des 23 associés de l’entreprise, cet ancien navigateur donne une seconde vie à un bateau de charme. Il y fait découvrir à ses passagers les plaisirs de la navigation fluviale, les plus beaux châteaux et vignobles locaux.

Franck JOUANNY, du décathlon à la navigation

Franck JOUANNY a fait son lycée dans la section Sport Étude en athlétisme du Lycée Victor Louis à Talence dans les années 70. A cet instant, il se destine à une carrière d’entraîneur et entreprend alors de compléter ses études en la matière. Il sort donc diplômé d’un baccalauréat gestion d’entreprise et comptabilité en 1979, puis obtient un brevet d’état deuxième degré d’athlétisme en 1984. Lequel lui permet d’exercer comme entraîneur national spécialité décathlon. Au début de sa carrière, il pratique son sport au niveau national et international, ce qui ne l’empêche pas, en parallèle, de faire de la voile en amateur.

Pourtant ceci suffira à le faire repérer. Rapidement après son diplôme, il est contacté par Marc PAJOT et son équipage. Le navigateur français médaillé olympique, cinq fois champion du monde et vainqueur de la Route du Rhum l’embarque pour se lancer dans la Coupe de l’America en Australie sur le French Kiss.

Les décathloniens ont un physique très complet. Marc cherchait des gaillards, de la force, de l’endurance. Nous sommes des profils très convoités par d’autres sports.

Franck quitte donc les stades dans le milieu des années 80 et navigue pendant 5 ans, jusqu’à la fin de la coupe de 1992 à San Diego. A son retour à Bordeaux, avec le soutien de Jacques CHABAN DELMAS alors Maire, il lance plusieurs bateaux aux couleurs de Bordeaux dans le Tour de France à la Voile. Il remporte la victoire en 1996 après divers podiums.

C’est en 1999 que Franck JOUANNY décide de se recentrer sur Bordeaux, lors d’une nouvelle opportunité. Hugues Martin, président de l’office de tourisme, le contacte alors pour développer le tourisme fluvial de la ville. Pour ce faire, Franck participe à l’organisation de la première édition de la fête du fleuve. Une occasion qui lui donnera bientôt envie d’entreprendre, pour lui-même cette fois-ci.

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Franck JOUANNY et cabine du Marco Polo – Crédit photo : Manon LEPREVOST

Un esprit de conquête concentré dans des projets entrepreneuriaux à Bordeaux

En parallèle de son travail pour la ville de Bordeaux à l’office de tourisme, Franck JOUANNY nourrit son propre projet. Il souhaite alors ouvrir un yacht club dans le port. Pour ce faire, il convoite un vaste espace au niveau des Bassins à Flot. Seulement, la politique de la ville menée par Alain Juppé n’est pas en sa faveur. Le terrain est cédé à des promoteurs et le projet tombe à l’eau.

Franck démissionne alors de la mairie de Bordeaux en 2003. Pendant plusieurs années, il se consacre à une activité très différente : la promotion immobilière. Toutefois, il ne se reconnaît pas dans ce métier et profite de ce temps pour passer à la prochaine étape.

Je ne me sentais pas à l’aise dans un milieu où les intérêts financiers sont plus importants que la parole donnée. C’était très éloigné des valeurs du sport avec lesquelles j’avais toujours évolué.

Aussi, en 2008, Franck lance une nouvelle entreprise : Hydrotube Energie. Un système d’hydrolienne fluviale pour générer de l’électricité à partir des courants du fleuve. Ce retour à la mer le rappelle à ses premières amours, la navigation, le bateau.

Avec mon expérience de la navigation, je voulais participer à sauver la planète modestement. L’hydrolienne fluviale fonctionne avec un système très simple. C’est vraiment un bon moyen de produire de l’énergie propre mais les pouvoirs publics ne sont pas prêts à investir.

Après 4 ans à développer ce projet, Franck ne vit toujours pas de cette activité et ne parvient pas à trouver les soutiens nécessaires pour lui donner de l’avenir. Il décide alors de reprendre les bases, revenir à son savoir-faire premier. Il se tourne vers le tourisme, les bateaux. Pour trouver la perle rare, il voyage en Europe jusqu’à rencontrer le Marco Polo sur la Mer Baltique, au nord de Berlin, sur la presqu’île de Rügen.

Sous le charme du navire, Franck JOUANNY achète donc le Marco Polo en 2012 et le fait restaurer en Pologne. Après des mois compliqués liés à des travaux qui traînent en longueur et des malfaçons, le Marco Polo peut enfin être remis à l’eau. Il prend le large pour Bordeaux par la mer et arrive fin 2013 sur l’embarcadère Montesquieu construit pour l’occasion.

Nicolas VANDROY, une heureuse rencontre

De son côté, Nicolas VANDROY mène une vie bien différente de Franck JOUANNY. Peintre depuis 20 ans, il vivait de son art jusqu’à la découverte du théâtre qui devient sa nouvelle passion. En changeant de métier, Nicolas accepte alors un nouveau mode de vie, qui lui rapporte peu. Pour subvenir à ses besoins, il créé alors sa société de nettoyage.

C’est dans ce contexte qu’il fait la connaissance de Franck. En effet, il propose ses services au Marco Polo. Rapidement, ses missions s’étendent à des travaux de peinture de précision dans le bateau, notamment sur des trompes l’oeil. Puis, Nicolas commence à intervenir sur de la petite restauration, en proposant notamment des plateaux de tapas aux passagers.

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Nicolas VANDROY, intérieur du Marco Polo – Crédit photo : Manon LEPREVOST

Rapidement, il devient donc un partenaire à part entière sur le Marco Polo. Si bien que dès 2017, il devient associé de la SAS.

En outre, Nicolas a la chance de pouvoir inviter sa passion sur le bateau. Pour cause, le Marco Polo est partenaire de sa troupe de théâtre. Laquelle propose donc des représentations aux passagers lors d’événements spéciaux.

Le Marco Polo, monter à bord de l’histoire pour découvrir le patrimoine viticole local

En recherchant un bateau, Franck JOUANNY avait fait le tour des navires sur la région bordelaise. Simplement, il rencontrait uniquement des bateaux récents auxquels il ne trouvait pas d’âme, de cachet. En quête d’un bateau exceptionnel, il a vu son voeu exaucé avec le Marco Polo.

C’est un bateau de type années 60. Il a un look à la Tintin et Milou, avec une cheminée et des matières très caractéristiques comme le bois sombre, le métal.

En plus d’un beau bateau, Franck l’implante dans un lieu magique, au cœur du Port de la Lune, face aux façades 18ème de l’autre côté de la rive. Un cadre idyllique pour  des événements privés, tout comme pour des croisières. Prévu également pour des sorties culturelles autour du patrimoine bordelais, le Marco Polo vogue régulièrement dans les eaux de Libourne, Langon… Franck en est fier, son bateau peut aller jusqu’à la pointe de Suzac devant Royan, quand les autres bateaux sont limités à Pauillac.

Avec le Marco Polo, Franck JOUANNY embarque donc son public pour des croisières découvertes de deux heures des vignobles locaux. Pendant le trajet, il propose des plateaux de tapas façon buffet basque à base de charcuterie, fromages et vin.

Partir en bateau pour de l’oenotourisme est un format de sortie sympathique pour un prix modique. Je regrette simplement qu’il manque encore un peu de pontons pour pouvoir visiter tous les châteaux.

Pour cause, de nombreuses propriétés viticoles sont en bord d’eau mais peu disposent d’un embarcadère à proximité. Aussi, Franck ne peut pas forcément proposer à ses passagers de s’y arrêter.

Entre privatisations et sorties grand public, un bateau ouvert à tous

Outre les croisières, le Marco Polo peut également être privatisé pour des événements professionnels ou privés. Actuellement, son offre rencontre une majorité de familles. Lesquelles profitent généralement du cadre pour organiser un anniversaire ou un mariage… Cependant, cette activité reste très saisonnière, entre juin et septembre.

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Franck JOUANNY – Crédit photo : Manon LEPREVOST

Aussi, Franck cherche-t-il à équilibrer l’activité sur l’année avec des entreprises. Il reçoit ainsi déjà régulièrement le Club de chefs d’entreprise (APM) pour des réunions de travail confidentielles. Ou encore le BNI, ou des entreprises pour une assemblée générale, un séminaire. Pour répondre à la demande, il a pris soin d’installer tout le nécessaire à bord. Internet, écrans, paperboard, café, croissants viennent s’ajouter au buffet et dégustation à midi.

Pour compléter son panel d’offres, le Marco Polo héberge également des sorties ouvertes au public. Il propose par exemple des afters à partir de 19h. Au programme, croisière, tapas et boisson pour une quinzaine d’euros, agrémentés d’un DJ ou un groupe de musique.

Il accueille également des croisières plus haut de gamme avec des excursions à la journée. Les passagers profitent alors de la visite et de la dégustation d’un château. Ainsi que d’un buffet basque à midi. A ces occasions, le Marco Polo va jusqu’à Talmont et Meschers pour faire découvrir les habitations troglodytiques. Il s’agit alors de croisières plus culturelles, avec le conférencier et docteur en histoire, Didier Coquillas.

Pour optimiser les réservations, Franck cherche désormais à développer les réservations le matin. Il explique avoir encore un potentiel de développement important en semaine et en matinée, toute l’année. Pour se faire une idée, le seul mois de juin représente actuellement un peu plus de 30 % du CA de l’année.

Le Marco Polo, un bateau qui le vaut bien

A ce jour, Franck JOUANNY se dit relativement satisfait des résultats de son entreprise. Jusqu’à la crise arrivée fin 2019, son chiffre d’affaires augmentait d’année en année. Il a d’ores et déjà pu rembourser son emprunt bancaire pour la construction du ponton Montesquieu et approche du bout pour celui du bateau.

Toutefois, la crise sanitaire l‘empêchant de travailler, il s’inquiète de ne pas voir l’activité économique reprendre rapidement. Pour cause, outre les investissements, un bateau implique de lourdes charges fixes et un entretien très coûteux. 

On a besoin d’y être en permanence, même maintenant qu’il est fermé. Un bateau n’est pas une véranda sur l’eau. Le Marco Polo a un certain âge et son look cosy réclame tous nos soins. C’est un bateau atypique qui, de fait, demande plus d’efforts que d’autres.

Ainsi, ce qui fait son charme justifie aussi son prix. Franck explique que les tarifs paraissent souvent élevés pour les familles. Pourtant, ce serait bien le minimum pour assurer la rentabilité de l’entreprise.

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Marco Polo, Port de la Lune, Bordeaux – Crédit photo : Manon LEPREVOST

Une construction de projet en demie teinte pour Franck JOUANNY

En optant pour le Marco Polo, Franck JOUANNY le reconnaît lui-même, il n’a pas choisi la facilité. Se soucier de l’esthétique et du charme n’est pas un choix évident parce qu’il revient à plus cher. De plus, le rapatriement du Marco Polo a été un véritable parcours du combattant. Entre l’achat en Allemagne, le chantier compliqué en Pologne, et le rapatriement avec un équipage au complet et une météo favorable, il aura fallu près d’un an.

Plus encore, Franck explique avoir fait de mauvais choix au départ. A commencer par une association avec les mauvaises personnes, qui donne beaucoup de retard au projet. Pour y remédier, il reprend tout à zéro et fait appel à une vingtaine d’amis pour investir. Parmi ces investisseurs de coeur, on compte des sportifs de haut niveau, des vignobles, des politiques… Boris Diaw le basketteur, Jean Galfione le champion Olympique de saut à la perche, Hugues Martin ancien maire de Bordeaux, député et député européen, Constance Mollat de la célèbre librairie bordelaise, Daniel Cathiard du Château Smith Haut-Laffitte…

Un engouement qui donne enfin au projet l’élan nécessaire pour réussir.

Covid-19, un arrêt forcé pour le Marco Polo

Avec le Covid-19 depuis un an et la fermeture de la plupart des lieux recevant du public, le Marco Polo est quasiment à l’arrêt. 

Heureusement, nous ne sommes que trois salariés, ce qui nous permet de tenir la distance même si on perd de l’argent. Dans l’ensemble, on n’est pas les plus malheureux.

Pour continuer à faire tourner les affaires autant que possible, Franck adapte l’offre du Marco Polo aux règles imposées. Ainsi, pendant l’été il a pu proposer quelques événements en petit comité, comme des afters. Toutefois, ce format n’est pas le plus lucratif. 

Les règles sont assez floues. Officiellement, on a le droit d’accueillir du public si on respecte les mesures barrières. On peut recevoir en petit comité, mais on n’a pas le droit de naviguer. Forcément, le concept du bateau perd un peu de son intérêt.

Pour Franck, cet arrêt presque total n’est pas forcément justifié. Pour cause, la Marco Polo permet d’accueillir du public sur le pont, en extérieur donc. De plus, la navigation est par définition “très aérée”.

Quoi qu’il en soit, il garde bon espoir d’une reprise au printemps. En prévision, il a déjà enregistré des réservations. Notamment des rattrapages des événements annulés et reportés.

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Nœud sur la Marco Polo amarré dans le Port de la Lune à Bordeaux – Crédit photo : Manon LEPREVOST

Bordeaux, ville de coeur et de possibles

Pour Franck JOUANNY, le choix de développer son activité à Bordeaux s’est imposé comme une évidence. Il reconnaît qu’une telle activité aurait rencontré un plus large public sur la Seine. Mais qu’il a aussi d’excellentes raisons d’être resté fidèle à Bordeaux.

Je suis né à Bordeaux, j’ai travaillé à la mairie de Bordeaux. J’ai maintenant un certain âge et la plupart de mes relations utiles sont à Bordeaux. Tout cela a été un facilitateur pour décrocher cet emplacement stratégique. Sans compter mon expérience du fleuve, qui est primordiale dans cette activité.

Il confie également que le Marco Polo n’aurait de toute façon jamais pu rejoindre Paris. En effet, les ponts y sont plus bas et la cheminée ne passerait pas.

Installé sans regret à Bordeaux, Franck explique qu’il construit son entreprise sur des bases solides, malgré une marge de progression importante. A ce jour, les entreprises ne rechignent pas sur les tarifs et lui permettent de travailler toute l’année. De plus, après plusieurs années d’existence, le Marco Polo jouit d’une notoriété intéressante. Outre la complétude de l’offre proposée, c’est aussi son emplacement stratégique qui lui est bénéfique.

Le Marco Polo est à la vue de tout le monde. Il est amarré rive droite et offre le panorama le plus beau de Bordeaux. On y voit le Pont de Pierre, la Place de la Bourse, les Quinconces, le quai des Chartrons…

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Le Marco Polo, bateau des années 60 – Crédit photo : Manon LEPREVOST

Des envies pour une offre oenotouristique haut de gamme

Avant toute autre chose, Franck JOUANNY espère pouvoir retravailler rapidement. Toutefois, cette année pour le moins délicate l’aura poussé à repenser sa stratégie et son positionnement.

Ainsi, il aspire à valoriser son bateau hors du commun, différent des autres croisières sur la Garonne. Pour cela, il prévoit de monter en gamme progressivement, de pousser son accueil soigné et d’augmenter les tarifs. Avec le Marco Polo, il souhaite que quiconque monte à bord passe un moment inoubliable.

Outre les ajustements dans l’offre du Marco Polo, Franck demande également de nouveaux aménagements sur le fleuve. A commencer par le développement des installations portuaires et des pontons à différents endroits stratégiques.

J’ai fait la visite des pyramides en Egypte en bateau. C’est vraiment une expérience hors norme, rien à voir avec le fait d’arriver en car sur un parking.

Selon lui, les étrangers notamment qui veulent visiter les vignobles ont l’opportunité de partir de Bordeaux en bateau. Mais l’offre reste peu étendue pour l’instant, principalement à cause du manque d’équipement. Il regrette notamment que les pontons se situent essentiellement dans les villes, et peu devant les châteaux. Aussi, Franck souhaite pouvoir développer un réel circuit du vin en bateau. 

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