Odile Dalla Barba, But You're French

Portrait : Odile DALLA BARBA, But You’re French, le vestimentaire éco-responsable

Odile DALLA BARBA a eu de nombreuses carrières et vies professionnelles. Des expériences qui lui donnent un regard vaste sur la réalité du monde. C’est un événement déclencheur particulièrement médiatisé à travers le monde qui fait débuter son aventure entrepreneuriale. Un constat, une envie de proposer quelque chose de nouveau, avec la conviction d’un potentiel important. Citoyenne du monde attachée aux libertés, Odile DALLA BARBA a créé une marque éthique et locale, made in Bordeaux.

Du commerce à l’agroalimentaire, un apprentissage varié

Odile DALLA BARBA a toujours vécu dans le Grand Sud Ouest. Elle y réalise un BTS Actions Commerciales, avant de partir s’installer à Aix, pendant quatre ans. Elle y suit alors une formation en École de Commerce, se spécialisant dans le Commerce International. Il s’agit d’un domaine qui lui a toujours plu, qui l’attire énormément. Durant cette période, elle découvre notamment l’univers professionnel à l’occasion de stages qu’elle réalise en Espagne et en Australie. Deux premières expériences qui ont confirmé son attrait pour l’international. 

Chemises But You're French
But You’re French propose des modèles de chemises qui s’adaptent à toutes les morphologies. Crédit photo Manon LEPREVOST

Ses premiers souhaits d’entreprendre arrivent alors, et elle manifeste l’envie de créer sa propre entreprise avec deux amies. Mais le projet n’aboutit pas, par manque de maturité.

Par la suite, Odile DALLA BARBA commence ses premières vraies expériences professionnelles dans l’agroalimentaire. Elle travaille successivement avec l’entreprise Davigel, située à Bordeaux et Pomona, à Toulouse. Une aventure qui durera trois années, durant lesquelles elle goûtera au monde du travail. Après quoi elle décide de prendre le large, et de se lancer dans une nouvelle aventure, loin de la France… 

La parenthèse internationale, l’ouverture aux idées d’entreprise

Depuis le début de ses études, Odile DALLA BARBA sait qu’elle veut faire carrière à l’international. Elle décide alors de tout laisser derrière elle en France, et part s’installer au Canada, plus précisément à Montréal. Elle y décroche alors un emploi dans le secteur de la loterie, auprès d’un imprimeur de billets de loto et de tickets à gratter. Son travail s’axe sur l’Amérique Latine, et se trouve dans le secteur du marketing des produits. C’est une expérience idéale, et un emploi qu’elle qualifie “de ses rêves”. 

Sa vie au Canada prend une nouvelle tournure, puisqu’elle y fondera sa famille. Mais rapidement, la distance avec les membres de sa famille restés en France lui pèse. Elle souhaite donc se rapprocher, sans pour autant rentrer en France. L’idée d’entreprendre lui traverse alors à nouveau l’esprit, cette fois-ci dans le domaine artistique. Odile souhaitait en effet ouvrir une galerie d’art, son beau-père étant lui-même peintre. Mais cette idée, aussi belle soit-elle, s’avérait plutôt onéreuse. 

Finalement, elle décroche un emploi en Irlande, où elle part s’installer avec sa famille, sept ans après son arrivée au Canada. Portée par les débuts d’internet, elle rejoint alors le groupe Microsoft, au sein du centre européen. Un changement de carrière total, qui lui offre l’opportunité de manager des équipes internationales et de gérer des projets globaux. Son poste lui permet de couvrir les marchés Europe, Moyen-Orient et Afrique. Pour elle, c’est le symbole fort de découvertes culturelles. 

Un accident médiatisé, la catastrophe à l’origine de But You’re French

Mais en 2013, sa carrière prend un nouveau tournant, soudain. Un changement qui fait suite à une actualité dramatique relayée dans le monde entier : l’accident du Rana Plaza, au Bangladesh. L’effondrement d’un immeuble dans lequel se trouvaient des ouvriers travaillant dans des ateliers de confection textile. Dans ce genre d’immeuble, les ouvriers produisent des vêtements pour le compte de marques distribuées dans le monde entier. Marques qu’à l’époque, Odile et sa famille consommaient. Cette actualité fait aussi écho à ce qu’Odile qualifie d’esclavage des temps modernes. Une production délocalisée qui permet de payer moins cher les vêtements de marque. 

Dans l’esprit d’Odile DALLA BARBA, une idée germe alors. L’importance du textile éthique, et son absence sur le marché national. Elle a toujours aimé les vêtements, et particulièrement les chemises. En 2015, elle rentre alors en France, et s’installe avec sa famille à Bordeaux. Durant une année, elle continue à travailler à distance pour Microsoft, mais son idée d’entreprise ne la quitte plus. C’est ainsi qu’en 2016, elle commence une formation couture et textile, un savoir-faire déjà bien ancré dans sa famille.  

Chemises tissu détails
Les chemises But You’re French ne sont fabriquées qu’avec des matériaux made in France. – Crédit photo Manon LEPREVOST

Son envie est très claire : elle veut créer et mettre au point des vêtements éco-responsables, avec des matières premières locales. Les matériaux biosourcés sont donc indispensables, et Odile DALLA BARBA commence alors sa recherche de fournisseurs. Elle fait alors un constat : la plupart des compétences qu’elle recherche sont délocalisées, et les formations couture ont presque totalement disparu en France. Elle arrivera tout de même à trouver des fournisseurs de produits certifiés et de qualité en France.

But You’re French, production nationale biologique

En créant But You’re French, Odile DALLA BARBA faisait avant tout le choix de ne se tourner que vers des fournisseurs français, qui ne délocalisent pas leur activité. Ainsi, elle commence son activité sereinement. L’entreprise Amandine Cha, basée à Lognes, en Seine et Marne, lui fournit les tissus. Ce sont des tissus certifiés GOTS entièrement biologiques, qui répondent aux attentes de la nouvelle entreprise But You’re French. Elle s’entoure aussi d’un atelier, C2S, situé dans les Deux-Sèvres, spécialisé dans la confection de chemises. Enfin, les boutons sont conçus dans la région lyonnaise avec de la nacre naturelle par Brochot. 

Plus qu’un objectif de création d’entreprise, ce côté éco-responsable est ancré dans sa philosophie de vie. Et bien que sa recherche de fournisseurs n’a pas été évidente, l’entreprise se développe. Son premier choix est de ne réaliser que de la vente en direct, quitte à réduire ses marges. A travers ce concept 100% Made in France, Odile DALLA BARBA veut contribuer à l’économie circulaire. 

Une réputation à acquérir avant de se lancer vraiment

L’idée est bien là, les fournisseurs aussi et les pièces du puzzles s’assemblent : But You’re French commence à se mettre en place. Toutefois, après 20 ans passés hors de la France, Odile DALLA BARBA ne connaît plus personne sur Bordeaux. Pendant deux ans, elle a donc entrepris des opérations de réseautage pour se faire connaître. Un réseau utile par la suite, pour son entreprise. 

Ces deux décennies d’absence ont montré à Odile DALLA BARBA un visage changé du business français. A son départ, la France était un pays moins porté sur l’entrepreneuriat, et Bordeaux, une ville un peu plus tranquille. L’élan entrepreneurial était bien loin de son intensité actuelle. 

Aujourd’hui, il y a une volonté entrepreneuriale très forte, avec de nombreux projets à portée éco-responsable. Cette tendance est bien mise en lumière par les associations, les soutiens et aides aux entrepreneurs. Pour Odile, Bordeaux représente un petit réseau français toujours actif. La décision de s’y installer était aussi une décision de coeur, pour se rapprocher enfin de sa famille. 

But You’re French, du réseautage à la vente 

Le démarrage des ventes était particulièrement long, la concentration d’Odile DALLA BARBA étant focalisée dans un premier temps sur les contacts. Après deux ans, l’entreprise se lance. Ainsi, But You’re French propose des chemises à 145€ pour hommes et 135€ pour femmes. Il existe pour des modèles différents, dont les coupes de chemise se déclinent en plusieurs couleurs et détails. Et rapidement, Odile DALLA BARBA se rend compte que l’engouement est là. L’envie d’acheter local attire les consommateurs, désireux de consommer moins, mais de consommer mieux. 

Elle commence par proposer ses chemises sur des petits marchés et des salons. Et rapidement, l’opportunité de présenter son concept à Paris arrive. Les parisiens sont plus sensibilisés à l’éco-responsabilité, du fait de la densité de population. Et Odile estime qu’il est bien plus efficace de communiquer directement avec le client. Cela permet de lui expliquer ce qu’est le coton bio, et de provoquer un déclic, s’il ne l’avait pas encore. 

Logo But You're French entreprise
C’est une réplique du film « La Grande Vadrouille » qui a inspiré le nom de marque « But You’re French ». – Crédit photo Manon LEPREVOST

Pour autant, elle lance aussi son activité en ligne, pour toutes les personnes sensibles à l’éco-responsabilité qu’elle n’a pas l’occasion de rencontrer. Et un jour, elle est contactée par un homme qui veut essayer directement les chemises. Mais aucune des coupes ne correspond à sa morphologie. Il était si motivé à s’inscrire dans cette démarche éco-responsable qu’Odile a eu une nouvelle idée; elle allait créer une offre sur-mesure. Un marché de niche, à 155€, peu importent les ajustements, pour tous les clients à qui aucune coupe ne correspond. 

But You’re French, des profils variés mais une attente commune

Ainsi, But You’re French fait son nid dans l’écosystème du textile éthique et éco-responsable. Odile DALLA BARBA participe à des salons, où elle enregistre au minimum une vente à chaque fois. Cet engouement lui montre que les consommateurs sont sensibles et prêts à consommer local… Mais ils sont aussi de bons ambassadeurs. Des hommes et femmes d’affaires constamment en déplacement, aux personnes qui veulent s’habiller chic; la clientèle de la marque est assez bien répartie. Pour autant, elle concerne en majorité des ménages aux revenus supérieurs.

Dans son fonctionnement, Odile a une envie : satisfaire le client. Pour cela, elle se montre particulièrement active sur les réseaux, et intervient régulièrement dans les écoles pour transmettre son message. Arrivée avant l’état d’esprit relatif à la pandémie de COVID-19, elle a pu lancer son activité par les circuits traditionnels. Mais comme tous les autres secteurs, elle a aussi connu les confinements, et toutes leurs conséquences. Pour autant, Odile DALLA BARBA poursuit son combat, promouvoir la consommation éco-responsable et éthique, tout en proposant un produit de qualité. 

COVID-19, le nouveau tournant de But You’re French

Face à la pandémie, But You’re French subit aussi le confinement. Les ventes baissent, mais Odile a une idée. Elle veut proposer un produit parallèle à ses chemises, un produit dont les clients ont besoin. Parmi les gestes barrière obligatoires dans les lieux publics, le port du masque lui donne une idée. Une idée qui lui permet de compenser en partie la perte de revenus sur la vente de ses chemises durant les salons, notamment. 

En réalité, passionnée de couture, Odile confectionnait ses premiers masques pour ses proches. Rapidement, elle est contactée pour se mettre à en produire à une plus grande échelle, ce qu’elle fait. 

“D’une demande spontanée, est née une activité pérenne.”

Ce nouveau type de production lui permet de toucher un nouveau public, avec des masques certifiés AFNOR. Elle propose ainsi un modèle de masque respirable en coton bio avec élastique; un modèle avec ruban ajustable à sa taille, certifié AFNOR; et un modèle de masque avec ruban et trois couches, lui aussi certifié AFNOR. Cette offre de masque est sur-mesure, réalisée à la demande afin de n’avoir ni stock ni perte. Une offre secondaire lucrative : But You’re French a réalisé sur les 6 premiers mois de 2020 son chiffre d’affaires de 2019. 

Odile DALLA BARBA bureau But You're French
Odile DALLA BARBA souhaite contribuer à l’éveil des consciences vis à vis de l’éco-responsabilité. – Crédit photo Manon LEPREVOST

Ambitions de court terme, l’envie de transmettre encore plus ce message

Pour certains entrepreneurs, d’autant plus en cette période d’incertitude, la peur de l’échec constitue un frein. En France, l’impression d’obligation de réussite domine, si bien que la moindre difficulté peut être vécue comme un échec. Et pourtant, l’échec est une étape qui permet d’avancer. 

Aujourd’hui, Odile DALLA BARBA a une volonté féroce de voir changer l’environnement, le marché. Elle veut créer quelque chose de positif et réfléchit d’ores et déjà à des projets à mener à court terme. En effet, se projeter à l’heure actuelle est difficile, faute de savoir comment la situation va évoluer.  

Pour autant Odile DALLA BARBA souhaite développer son offre, en proposant un modèle de chemise en tissu recyclé (Seaqual) pour rentrer vraiment dans l’économie circulaire. Un tissu fait avec des matériaux provenant des déchets des océans; tissés avec du coton bio pour le confort en travaillant avec le fournisseur français Verne & Clet. Un produit encore plus vertueux et éco-responsable, combiné avec un système de vente en précommande pour répondre à la demande… Au lieu de la créer, et essayer de réduire le gaspillage textile. 

Enfin, But You’re French pourrait bien élargir sa gamme de produits avec une offre moins technique. Elle se composerait par exemple de t-shirts et de polos, se destinant à un public plus large pour sensibiliser encore plus à l’écoresponsabilité. Et bien sûr, à l’image du parcours d’Odile DALLA BARBA… Pourquoi ne pas envisager, plus tard encore, proposer les produits écoresponsables But You’re French à l’international ? 

CHEMISES FEMME – La marque éco-responsable 100% coton bio 100% fabrication française – But You’re French

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