Réinventer le recrutement comme la “relation travail”

Une femme travaille sur son ordinateur dans un coworking

Réinventer le recrutement comme la “relation travail”

Grand Dossier – Partie 3

 

Quand le recrutement se fait “plateforme”

 

Depuis quelques années, en marge du recrutement traditionnel, les entreprises se laissent peu à peu séduire par le travail des “freelances”. Initialement, il s’agit d’une utopie du salariat revisité : temps de travail choisi, volume horaire modulable, meilleure rémunération… Dans les faits, on constate un taux journalier moyen à Bordeaux aux alentours de 300€, pour des missions spécifiques à forte valeur ajoutée.

Au-delà du réseau et du bouche à oreille, le freelancing est devenu désormais un véritable business, avec l’essor de plateformes d’intermédiation qui tirent leur épingle du jeu, et déshumanisent quelque peu la relation client- freelance, avec une philosophie plus proche de celle des pays anglo-saxons, là où la valeur travail se monnaye, comme n’importe quel produit.

D’Humaniance, à Missioneo, en passant par Malt ou Crème de la Crème, les plateformes dédiées aux freelancing permettent de mettre en relation clients et freelancers afin de recentrer les freelancers sur leur coeur de métier, et un peu moins sur la partie commerciale et acquisition de clientèle. Récemment, Crème de la Crème, initialement dédiée à mettre en relation étudiants “doués” et entreprises friandes de compétence à moindre coût, a fait évoluer son business model, en se positionnant désormais comme détecteur de profils experts, au bénéfice de grandes entreprises, notamment. Depuis leur création en 2015, Crème de la Crème revendique en effet plus de 5000 entreprises clientes telle que BNP Paribas, L’Oréal ou encore Accor Hotels.

Autre réussite, à l’international, Malt, anciennement Hopwork, existe depuis 2013. Après plusieurs levées de fonds au cours de son développement, portée par des investisseurs d’envergure, Malt a tourné son business model vers l’accompagnement et la sécurisation des freelances, sorte de “super papa” des freelancing à l’international.

La plateforme se distingue aussi avec une logique de mise en avant des freelances et non pas de mise en avant des projets et offres des clients. Sur Malt avant tout, les clients recherchent et sélectionnent un expert. L’ensemble des échanges, du devis à la facturation, est accompagné, sécurisé, et commissionné par Malt, avec notamment une logique de prépaiement de la part du client, avec rétention des fonds, jusqu’à l’accomplissement de la mission confiée.

De la fonction RH augmentée aux cabinets de placement de freelance

 

Dans ce contexte, forte de l’émergence de nouveaux métiers du digital et du numérique, la fonction RH n’est cependant pas en berne, ainsi que l’indique l’ANDRH, association des professionnels de la ressource humaine et l’APEC. Ainsi que l’indique Pierre Lamblin, Directeur des Données, des Études et de l’Analyse à l’Apec :

 

« Comme d’autres fonctions cadres, la fonction RH bénéficie de la très bonne dynamique du marché de

l’emploi cadre et des transformations en œuvre dans les entreprises dans lesquelles elle est très

impliquée pour accompagner les collaborateurs dans une relation de proximité avec les managers. »,

 

Pour recruter les bons collaborateurs, certes les réseaux sociaux et les réseaux de mise en relation professionnelle apportent plus de 15% des candidats, cependant, les pratiques traditionnelles de recrutement refont surface avec force. En effet, la plupart des candidats sélectionnés ont tout d’abord répondu à une offre, et pour affiner la sélection, les recruteurs continuent de privilégier l’échange téléphonique en présélection ainsi que la vérification des diplômes, mais également la prise de référence. Une manière de remettre l’humain au coeur de la relation RH, et de s’appuyer sur les échanges relationnels passés afin d’affiner sa sélection de candidat.

En ce sens, les candidatures spontanées sont toujours examinées avec attention. Après tout, le candidat a dores et déjà une appétence pour l’entreprise concernée, d’autant plus si la candidature spontanée est réellement personnalisée et adaptées à l’entreprise convoitée.

Telle semble en effet être la clé : recruter le candidat idéal, qui possède certes les compétences et l’expérience, mais aussi la volonté de s’intégrer au sein de l’entreprise. A contrario, le domaine du freelancing est relativement nouveau en France, aussi les professionnels du recrutement tout autant que les DRH se sont pas forcément familiers avec les bons critères de sélection de ces travailleurs hors salariat.

De nouvelles plateformes estampillées “Expert du recrutement des freelances” commencent à voir le jour. L’idée ? aller plus loin que la seule mise en relation, accompagner et conseiller les clients dans la recherche du bon candidat au freelancing. C’est le cas notamment de Silkom, qui se décrit comme un Cabinet de recrutement spécialisé en informatique, digital et objets connectés. Créé en 2013, le Cabinet possède la particularité d’intégrer les freelances en tant que tels dans sa “panoplie” de candidats au recrutement, “ressource ponctuelle” de l’entreprise.

De même, selon Thomas Jajeh, fondateur de la start up Twago, créée à Berlin, en partenariat avec Randstadt, l’un des grands noms du recrutement et du travail temporaire en France, le freelancing doit être pris en considération dans une perspective plus large que le sol national, avec d’autres références que le secteur du recrutement traditionnel. Une véritable place de “marché du travail moderne”, qui  “permet aux particuliers et aux entreprises de trouver en ligne des experts afin de collaborer à la réalisation de projets”.

 

Enjeu de visibilité et de branding

Enjeu de visibilité et Personal Branding

 

« On parle beaucoup du réseautage, de la présentation du CV, du développement de la e‐réputation sur les réseaux sociaux, des entretiens pour présenter son « offre de services », mais comment avoir un impact décisif ? »  Pour que le “matching” entre l’entreprise et le freelancer se fasse, entre volonté de flexibilité et changement durable de la relation de travail, l’enjeu semble désormais résider, de part et d’autre, dans la visibilité et le Personal Branding. Un travail d’image de soi à engager dès la poursuite d’études, pour avoir une chanc de sortir du lot dans cette nouvelle jungle du marché de l’emploi moderne.

Le mouvement freelance s’est (re)organisé et fait la part belle à de nouveaux acteurs, réintermédiant la relation de travail tout en risquant de conduire à une certaine paupérisation.

A t‘on besoin d’un professionnel du recrutement, d’un bon “sélectionneur” de candidats et surtout, de “la bonne personne”, quand les “freelances”peuvent paraître interchangeables, et surtout, une “manne” d’experts (à bas coût) inépuisables, tout en répondant, a priori, aux aspirations sociales ?

Redonner de la valeur aux missions exercées, qui sait, si, à terme, la recherche d’une meilleure relation de prestation, de missions plus qualitatives, ne finira t’elle pas par redonner ses lettres de noblesse au professionnalisme.

 

Et si c’était cela, la nouvelle flexibilité ?

 

Sources

Freelance à Bordeaux

Site de Silkhom

1 Comment
  • Guillaume Mouzet
    Posted at 17:26h, 11 avril Répondre

    Et il y a même une plateforme dédiée aux freelances ‘seniors’ désormais, avec Akigora, qui promeut une communauté d’Experts avec plus de 30 ans d’expérience, pour bénéficier de tous les acquis de l’expérience terrain !

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